Seuls ceux qui portent sur la politique le regard scolastique des
logiciens auront du mal à comprendre qu’on puisse dire d’un même
événement — comme l’affaire Cahuzac — qu’il est à la fois secondaire et
principal. Péripétie fait-diversière et crapoteuse, bien faite pour
attraper le regard et le détourner des choses importantes (accord sur
l’emploi « ANI » [
1],
austérité, chômage, etc.), la bouse soudainement posée n’en a pas moins
le mauvais goût de tomber au plus mauvais moment — il est bien vrai que
le spectacle de la cupidité déboutonnée, lors même que le corps social
en bave comme jamais, donne quelques envies de coups de fourche. Elle y
ajoute surtout un effet de révélation potentiellement dévastateur si
l’on en vient à considérer que les « péripéties », loin d’être des
exceptions locales sans signification globale, sont en fait les
expressions d’un système, et qu’il n’est peut-être pas fortuit qu’on
retrouve identiquement cette passion de l’argent dans tous les
gouvernements qui se succèdent pour garantir sa continuité à l’austérité
ainsi qu’à toutes les politiques conduites chaque jour plus visiblement
d’après les intérêts du capital.
Lire aussi Martine Bulard, « Social-défaitisme à la française », avril 2013.
Bien sûr il restera toujours un François Chérèque pour chialer ses
grands dieux, pleurer Mendès et crier Delors que c’est toute la
« gauche responsable », celle qui
« pense qu’il est juste de mettre fin aux dérives des finances publiques car elles créent de l’injustice » [
2], qui se sent
« humiliée »
par le « traître » Cahuzac — puisque c’est l’évidence à crever les yeux
que sabrer dans les salaires des fonctionnaires, réduire leurs
effectifs (à l’école, dans les tribunaux, à l’inspection du travail,
etc.) ou ratiboiser les prestations sociales sont les gestes mêmes de la
justice en marche. On s’en voudrait d’ajouter au sanglot de Chérèque,
mais il faut quand même lui signaler que pour d’autres que lui, dont le
nombre devrait croître, l’événement Cahuzac, de secondaire, pourrait
bien devenir principal, jusqu’au point de vouloir se débarrasser non
seulement de la péripétie mais du système qu’elle exprime — et des
formes de « justice » que Chérèque persiste à y voir.
Sans doute passablement plus embarrassant que les diversions
militaires du Mali ou sociétales du mariage pour tous, l’épisode Cahuzac
n’en a pas moins — à quelque chose malheur est bon — la vertu
superficielle d’occuper les esprits à penser à autre chose — autre chose
que le réel des politiques économiques et sociales dont les historiens
du futur regarderont comme une insondable énigme qu’elles aient pu être
proposées au suffrage sous le titre
« le changement, c’est maintenant ».
Sauf vocation à épouser l’Europe libérale, la raison en cercle et le
socialisme de gouvernement jusqu’au bout de l’austérité, à l’image de
Libération
par exemple, c’est bien l’impressionnante continuité de la politique
économique qui frappe n’importe quel regard, à commencer bien sûr par la
reconduction telle quelle des grandes contraintes européennes
— objectif insane des 3 % en pleine récession et pacte budgétaire
européen (TSCG) négocié-Sarkozy ratifié-Hollande —, mais complétée par
le déploiement intégral du modèle compétitivité-flexibilité, simplement
rêvé par le prédécesseur, enfin réalisé par le successeur.
1983, 2012 : d’un basculement l’autre
(de la « politique de terrain » à la « politique de service »)
Sans vouloir empiler les
paradoxes, il se pourrait pourtant que cette continuité-là recouvre un
« changement qui est maintenant », bien réel celui-là, un changement non
pas d’orientation de la politique publique — puisque de ce point de
vue, c’est bien le même qui prolonge le même ! —, mais un changement
plus profond et plus lourd, qui précisément rend possible que la
« gauche » poursuive la politique de la droite à ce point
d’indistinction : un changement d’alliance de classes. Sans doute
l’issue d’une trajectoire historique de long terme qui l’aura vu se
déporter tendanciellement, et irréversiblement, vers la droite, le
socialisme de gouvernement, après avoir abandonné la classe ouvrière
pour se vouer aux dites « classes moyennes », puis
« moyennes-supérieures », mais, formellement, toujours « dans le
salariat », a maintenant fait, un cran plus loin, le choix de
l’alliance… avec le capital.
Peut-être faudra-t-il le recul du temps pour prendre la mesure du
basculement historique qui s’est opéré pendant l’automne 2012,
quatre mois décisifs inaugurés avec l’invraisemblable ambassade d’un
premier ministre « socialiste » à l’université d’été du MEDEF, et
clôturés (sans doute très provisoirement) avec l’accord national
interprofessionnel (ANI), en passant par la pathétique affaire des
pigeons et le rapport Gallois, tous éléments dont la séquence,
remarquablement cohérente, se compare aisément à ce que fut le tournant
de 1983, et même davantage. Car si 1983 ouvre une longue période où, par
simple reddition idéologique, les politiques socialistes se trouvent
dévaler la pente néolibérale, 2012 marque une rupture d’un tout autre
format : celle de l’entrée dans la collaboration délibérée avec le
capital.
Non plus seulement donc des politiques qui se trouvent servir
indirectement
les intérêts du capital — indirectement puisque médiatisées par les
grandes abstractions macroéconomiques des années 1980-1990 (la
désinflation compétitive, la monnaie unique, l’indépendance de la banque
centrale, etc.), dont la généralité permettait de masquer les effets
particuliers, au moins aux malvoyants ou aux réfugiés de la cécité
volontaire. Mais des politiques désormais très ouvertement passées du
côté du capital, pour entrer avec lui non dans un compromis mais dans
une authentique alliance, puisque tout rapport de force a disparu de
cette relation-là. 1983 annonçait une politique
de terrain,
entendre par là aménagement général du parc à thème néolibéral (Europe
de la concurrence, mondialisation, normalisation des politiques
économiques), aux bénéfices (en apparence) simplement collatéraux pour
le capital. 2012 voit une politique
de service avec satisfaction directe et immédiate de ses injonctions.
Au moins la « politique de terrain » permettait-elle de maintenir une
distance de décence avec le capital et de continuer la pantomime de la
justice sociale, unique position de repli du « socialisme pleurnichard »
(façon Chérèque) consistant à verser de chaudes larmes sur le triste
sort des chômeurs, des précaires, des fins de droit, des pauvres et des
inégalités… tout en continuant d’aménager le terrain qui ne cesse de les
réengendrer. La « politique de service » n’a plus de ces prudes
réserves : elle colle au capital dont elle s’est fait une stratégie
ouverte d’épouser tous les desiderata. Elle s’est même « théorisée »
(paraît-il), en tout cas donné un nom : le « socialisme de l’offre ».
Dans le langage châtré de la science économique, « offre » veut dire le
côté du capital. Voilà donc, très explicitement nommé, le nouveau
« côté » du socialisme de gouvernement.
Les contresens du « socialisme de l’offre »
De même que Churchill promettait aux munichois, qui espéraient avoir
évité la guerre au prix du déshonneur, d’avoir et le déshonneur et la
guerre, le socialisme de collaboration — vrai nom du « socialisme de
l’offre » — aura l’échec en plus de la honte. Car tout est faux de A à Z
dans ce petit calcul de paniqué (ou de vendu), aussi bien les détails
techniques que les considérations stratégiques. On ne mesure d’ailleurs
jamais si bien l’ampleur d’une conversion qu’à l’incapacité du converti à
saisir les rationalités élémentaires qui lui permettraient de maintenir
avantageusement ses positions antérieures — en l’occurrence : il ne
manque pas d’arguments de la rationalité économique pour soutenir une
position politique de gauche, mais le socialisme de gouvernement n’est
plus capable d’en voir aucun. Ainsi le rapport Gallois et l’accord ANI
dit de « sécurisation de l’emploi » — qui ajoute l’ignominie de son
appellation à l’ignominie de ses contenus — se retrouvent-ils dans le
parfait contresens économique.
Impasse de la « compétitivité »
Il faut en effet tout le pouvoir de distorsion de la vue néolibérale
du monde pour persister à voir dans la situation économique présente une
crise d’offre, et à perdre de vue les enchaînements, pourtant massifs,
qui nous ont menés là où nous sommes. La crise qui suit un choc
financier comme celui de 2007-2008 n’est pas une crise d’offre, mais une
crise de demande par contraction du crédit, une crise d’effondrement
cumulatif de l’investissement et de la consommation par incapacité des
agents à renouveler leurs financements ordinaires (spécialement les
entreprises), à plus forte raison quand l’irrationalité des politiques
publiques se ligue aux désastres de la finance privée pour ajouter de la
récession à la récession. Dans les promesses, décidément abondantes, de
sidération rétrospective des historiens du futur, il est certain que
l’acharnement européen dans l’austérité collective, en dépit même du
spectacle évident de ses catastrophiques effets, occupera une place de
choix. Organisant eux-mêmes la contraction de leurs demandes internes,
les Etats européens s’imaginent trouver le salut dans les relais de
« croissance externe » — raison d’être des stratégies Gallois de « compétitivité » — , au prix d’une double erreur tragique.
En premier lieu, le commerce extérieur des Etats européens étant
essentiellement intra-européen, la demande extérieure des uns est
surtout fonction de la demande intérieure des autres… et tous
s’entraînent collectivement dans la même déveine en s’appliquant une
austérité à échelle continentale bien faite pour maximiser ses synergies
négatives. En second lieu, il semble que les élites européennes n’aient
toujours pas accédé à cette idée pourtant élémentaire que les
stratégies de compétitivité sont des stratégies non-coopératives,
puisqu’elles visent à la constitution d’un avantage unilatéral, des
stratégies
différentielles donc, par là vouée à la nullité quand
elles sont appliquées simultanément par tous — par construction, elles
ne créent alors plus aucune différence !
Bien sûr
« nullité » ne s’entend pas pour tout le monde
puisque entre temps les entreprises engrangent méthodiquement les
avantages (les régressions) qui leur ont été concédés sous couleur d’une
« compétitivité » dont l’amélioration est en fait totalement
étrangère aux données réelles du problème. On n’en revient donc pas de
l’énormité des conquêtes patronales, aux frais de la collectivité (des
contribuables et des salariés), quand on les rapporte à l’inanité du
diagnostic fait en leur nom. Et l’on ne sait plus quoi penser de cette
légèreté intellectuelle qui adosse à des justifications aussi ténues, en
fait aussi fausses, des transferts aussi coûteux, consentis en pure
perte, sinon qu’elle témoigne du dernier degré de la décomposition
idéologique de « socialistes » abandonnés aux injonctions du capital,
dont plus aucune réaction immunitaire ne les protège.
Impasse de la « flexibilité »
C’est le même genre d’effondrement politique et mental qui rend
possible au gouvernement présent de donner son débonnaire patronage à un
accord minoritaire (l’ANI) voué à simplement ratifier le rapport de
force capital-travail dans sa configuration la plus défavorable au
travail (en situation de chômage de masse), pour tout accorder ou
presque au capital, émouvant spectacle du tête-à-tête complice de la
CFDT et du MEDEF, conclu comme il se doit dans la concorde et avec la
bénédiction des socialistes, trop heureux de s’abandonner au
« contractualisme » des
« partenaires sociaux »,
c’est-à-dire d’être exonérés de la responsabilité de légiférer pour
remettre droit ce que les rapports de force ont nécessairement tordu.
Lacordaire ne rappelait-il pas qu’
« entre le fort et le faible, le
riche et le pauvre, le maître et le serviteur, c’est la liberté qui
opprime et la loi qui affranchit » ? Mais nul ne sait plus de quand
date l’oubli socialiste de la loi comme unique moyen de défaire les
asymétries du capitalisme. En tout cas Franck Lepage, qui ne cesse
d’attirer l’attention sur les pièges politiques enfermés dans les mots
les plus innocents d’apparence, et souligne notamment tout ce qu’emporte
de rassembler patronat et syndicats sous l’irénique appellation de
« partenaires sociaux » — dénégation même du conflit intrinsèque,
central et indépassable du capitalisme —, aurait tort dans le cas
présent : de ces deux-là, MEDEF et CFDT, on peut bien dire sans aucun
abus de langage qu’ils sont
partenaires…
À l’image du rapport Gallois en tout cas, l’ANI ajoute l’inepte à
l’ignoble — entendre l’inefficacité économique à la démission politique.
Les entreprises ne manquent pas de flexibilité, elles manquent de
demande ! Et toutes les flexibilisations du monde n’y pourront rien. Le
crédit d’impôt du rapport Gallois commettait déjà le même contresens en
se figurant que rendre 20 milliards d’euros aux entreprises améliorerait
leurs investissements en améliorant leur profitabilité — le
néolibéralisme patronal, qui n’a pas exactement la cohérence
intellectuelle chevillée au corps, ne voit d’ailleurs aucun problème à
cette étrange conception de la profitabilité fiscalement subventionnée.
Cette ânerie de force 7, connue depuis les années 1980 sous le nom
grotesque de « théorème de Schmidt », s’est révélée incurablement fausse
pour ignorer ce mécanisme élémentaire que les entreprises n’étendent
leurs capacités de production qu’à la condition d’anticiper une demande
suffisante (pour le reste, elles procèdent à des investissements de
rationalisation qui augmentent la productivité mais en détruisant de
l’emploi). On peut les laisser empiler du profit autant qu’elles le
veulent : pas de demande, pas d’investissement.
Les laisser flexibiliser à outrance ne changera pas davantage cet
état de fait — comme l’atteste d’ailleurs l’immensité des gains de
flexibilisation engrangés par les entreprises depuis trois décennies
sans jamais avoir pu remettre l’économie sur la trajectoire d’un régime
d’accumulation durablement créateur d’emplois — et l’état de délabrement
doctrinal de ce gouvernement se mesure à sa capacité de gober tous les
discours de l’offre au cœur d’une crise historique de demande !
[N.B. : Il est peut-être utile à ce point de faire deux
précisions : 1) on ne saurait faire dire à ce propos qu’il n’y a que des
crises de demande en économie ; 2) on ne saurait davantage lui prêter
que la crise présente n’est qu’une crise de demande : envisagée dans le
très court terme, elle est une crise de demande, en profondeur elle est
une crise structurelle du régime d’accumulation néolibéral.]
L’ANI promet pourtant d’avoir des effets bien réels ! Mais
terriblement négatifs. Et qui en disent long sur cette incapacité des
Etats à l’apprentissage qu’Hegel déplorait déjà en son temps, à moins
que ce ne soit sur la capacité de l’Etat colonisé à persévérer au
service des intérêts de ses colonisateurs. C’est qu’il faut le faire de
mettre à bas avec tant d’application les mécanismes qui nous ont retenus
jusqu’ici de transformer la récession en grande dépression ! A savoir :
1) le maintien des prestations sociales, revenus de transferts
déconnectés de la conjoncture, donc amortisseur idéal de ses
fluctuations ; mais surtout, en l’occurrence : 2) des mécanismes de
formation des salaires non concurrentiels, vertu incomparable pour
enrayer les effets de plongeon cumulatif propres aux mécanismes
procycliques : que les salaires réagissent trop vivement à la
conjoncture et à la montée du chômage, comme dans les années trente, et
le revenu salarial, en effet, se met à baisser dans le sillage immédiat
de la croissance, donc à sa suite la consommation, la demande adressée
aux entreprises, et pour finir… la croissance ! Et c’est reparti pour un
tour.
La déflation, c’est-à-dire la baisse des prix
et des salaires nominaux,
a été la plaie des années trente, dont les institutions salariales du
fordisme nous auront vaccinés en opérant la déconnexion de leur
formation d’avec la conjoncture, seul moyen de réintroduire des forces
de rappel, donc de la stabilité macroéconomique quand tous les
ajustements procyliques du néolibéralisme ne font qu’amplifier les chocs
et produire de la divergence. En dépit des attaques répétées, tout n’a
pas été démantelé de cet acquis institutionnel du fordisme, et c’est à
cela seulement que nous devons de ne pas avoir sombré dans la spirale
dépressionnaire.
Raison pour quoi sans doute le gouvernement n’a rien de plus pressé
que de laisser l’ANI démanteler ce qui nous a à peu près protégés ! En
effet l’ANI prévoit explicitement la possibilité pour les entreprises
d’imposer des baisses de salaire — au nom de la « protection de
l’emploi »… — c’est-à-dire de réarmer localement les mécanismes
procycliques que les conquêtes fordiennes étaient parvenues à
neutraliser. Que ces ajustements viennent à se généraliser et c’est
l’économie tout entière qui se verra de nouveau contaminée par
l’instabilité, au terme d’une magnifique expérience en vraie grandeur de
reconstitution des années trente !
Il aurait fallu ne pas avoir basculé tête première, et c’est vraiment
le cas de le dire, dans le camp du capital, pour résister un peu à ses
arguments fallacieux, et garder à l’esprit ce que la théorie économique
pas trop bornée appelle un sophisme de composition, à savoir qu’une
propriété désirable à l’échelle individuelle ne se convertit pas
d’elle-même en propriété désirable à l’échelle collective. En d’autres
termes, s’il est rationnel pour une entreprise isolée de vouloir la
flexibilité maximale, cette rationalité ne se transporte pas telle
quelle au niveau macroéconomique : car, de la flexibilité généralisée
pour tous les producteurs individuels résultent de multiples
interactions qui produisent non pas une série de « bons » ajustements
locaux mais de l’instabilité globale — soit des effets au niveau macro
qualitativement différents de ceux du niveau micro.
[N.B. : exactement de la même manière que la rationalité
capitaliste individuelle qui cherche à minimiser les salaires versés (et
pourquoi pas les annuler) ne produit aucune rationalité capitaliste
collective, puisque si aucun capitaliste ne verse de salaire, aucun
capitaliste ne vendra quoi que ce soit…]
De la panique à la reddition sans condition :
la nouvelle alliance de classes du PS
Ni le rapport Gallois, ni l’ANI ne produiront le moindre bénéfice
— autres que les commodités livrées sur un plateau au capital. Mais
l’automne 2012 n’est pas que celui des contresens techniques, il est
aussi celui des abandons symboliques et des retournements stratégiques.
Symbolique — quoique coûteuse également — la lamentable passe d’armes
avec les « pigeons », mouvement revanchard d’un quarteron
d’entrepreneurs, occupés à persuader l’opinion qu’ils ne sont mus que
par la passion d’entreprendre quand la passion de s’enrichir est la
seule chose qui les mette réellement en mouvement. La
« passion d’entreprendre »
n’a pas supporté en effet l’idée que les plus-values de cession
puissent être ramenées au droit commun de la fiscalité, celle du
travail, et non celle, dérisoire, des revenus du capital — et
visiblement nos chers entrepreneurs ne sont tenus à leur œuvre que par
la perspective de la culbute phénoménale qu’ils effectueront lors de la
cession ou de l’introduction en Bourse.
Mais ce n’est pas tant ici l’obscénité des pulsions cupides
entièrement libérées, soustraites à toute régulation de la décence, et
qui croient pouvoir légitimement hurler au scandale en apprenant que des
gains qui se chiffrent en général en dizaines de millions pourraient
être taxés, oui, jusqu’à des taux globaux de 60 % et non de 25 %, qui
est en question, plutôt l’incroyable reddition en rase campagne d’un
gouvernement décomposé de panique au premier haussement de voix des
« entrepreneurs ». En une semaine l’affaire est entendue et le pouvoir,
pourtant installé depuis quatre mois à peine, a tout cédé.
S’il a tout cédé, et si vite, c’est qu’il avait déjà pris son parti.
Le parti du capital. Car derrière les concessions sans fin de l’ANI et
du rapport Gallois, derrière la retraite sans combattre face à
l’agitation médiatique de quelques « entrepreneurs » — sans la moindre
tentative de construction d’un rapport de force, ni la première
contestation de leurs arguments —, il y a malheureusement une ligne. Une
ligne terrorisée, qui prenant conscience de la gravité de la situation
économique, mais incapable de penser le moindre affranchissement du
carcan européen, s’imagine n’avoir plus pour planche de salut que de se
jeter dans les bras des entreprises. Contre les forces adverses de la
macroéconomie, les entrepreneurs vont nous sauver, voilà l’ultime refuge
de la pensée socialiste à l’époque de la crise historique du
capitalisme néolibéral.
Au mépris de toute logique, politique aussi bien qu’économique, le
gouvernement socialiste, rendu au dernier degré de l’intoxication
intellectuelle, a donc pris pour ligne stratégique de s’en remettre en
tout, et pour tout, à la fortune du capital, sans doute sur la base des
allégations répétées, et désormais prises pour argent comptant, que
« seuls les entrepreneurs créent des emplois »,
proposition pourtant doublement fausse : d’abord parce que c’est la
conjoncture d’ensemble qui détermine l’emploi — et les entreprises ne
font qu’
opérer (localement) des créations d’emploi en fait
déterminées au-dessus d’elles ; ensuite parce que, depuis trente ans,
les « entrepreneurs » ont bien davantage démontré leur capacité à
détruire des emplois que leur capacité à en créer…
En vérité on peut bien accorder à nos pauvres socialistes une
asymétrie réelle voulant que si les entreprises n’ont nullement le
pouvoir à elles seules de sauver l’économie, elles ont bel et bien celui
de lui nuire. C’est même le propre du capitalisme comme système que
l’appropriation privée des moyens de production y donne l’initiative aux
appropriateurs, et fait de la validation de ceux-ci le point de passage
obligé, nécessaire — mais pas du tout suffisant — de toute stratégie de
croissance. Le capital est alors en position d’imposer ses conditions
selon l’état d’un rapport de force déterminé par la configuration
générale des structures économiques — celles de la mondialisation, par
exemple, lui offrant une mobilité et des opportunités d’arbitrage d’où
résulte un pouvoir de négociation sans précédent. « À nos conditions ou
rien », voilà les termes de l’alternative auxquels le capital reconduit
tous les gouvernements à l’époque de la mondialisation — d’où notamment
les invraisemblables contorsions de « l’attractivité du territoire »,
lutte permanente des nations pour être à la hauteur de ces
« conditions »… dont le niveau d’exigence est sans cesse relevé ; et le
capital aurait tort de se gêner puisque en face, non seulement il n’y a
aucune résistance, mais tout lui vient avec une déconcertante facilité.
Les prises d’otage du capital
Submergé par la panique d’une crise dévastatrice, dont il s’est privé
par ailleurs de tout moyen de contrôle (notamment du côté européen), et
remettant alors son destin entre les mains du capital, désormais tenu
pour l’unique et providentiel sauveur, le gouvernement s’engage dans une
alliance inouïe, jetant par là, mais très involontairement, une lumière
crue sur le fond de la lutte des classes. Quand Jean-Marc Ayrault se
rend, tel le bourgeois de Calais, à l’université d’été du MEDEF pour
livrer au patronat les clés de la cité, il ne fait pas qu’avouer le
tréfonds de son désarroi et la solution de désespoir qui lui tient lieu
désormais de ligne, bredouillant face au patronat l’excellence de ses
dispositions à son endroit, le degré auquel il a compris que ce sont
bien « les entreprises qui créent les emplois », son vœu très cher par
conséquent d’une collaboration pleine et entière — toutes choses que le
capital comprend parfaitement comme une
supplication,
c’est-à-dire comme une reddition sans condition —, il révèle par la même
la vérité ultime du capitalisme comme prise d’otage de la société par
le capital.
Ce sont les moyens de la vie matérielle collective, ni plus ni moins,
que le capital prend en otage puisqu’il n’y aura de la croissance et de
l’emploi que sous la condition nécessaire (mais pas suffisante) de son
bon vouloir. Pour que les salariés trouvent l’emploi et le salaire,
c’est-à-dire les conditions minimales d’une vie décente dans une
économie marchande à travail divisé, il faut, même s’il ne suffit pas,
que le capital l’ait voulu. Pour que le capital condescende à investir
ici plutôt que là, il faut qu’on l’en ait « convaincu », c’est-à-dire
qu’on l’ait
« bien disposé ». À défaut de quoi, Mittal, par
exemple, peut menacer de laisser en plan toute la sidérurgie française
— et les sociétés en sont réduites à se rouler par terre pour obtenir
les faveurs de ceux auxquels elles ont remis sans aucune restriction
l’intégralité de leur vie matérielle. Rendu à cet état de fait, il n’y a
à tout prendre que deux attitudes possibles. La première valide la
situation d’ultimatum et livre au preneur d’otage tout ce qu’il
demande : Ayrault au Medef, débâcle
« pigeons », rapport Gallois,
ANI, en attendant la suite. La seconde voit la prise d’otage, et décide
qu’elle a assez duré. Disons les choses assez simplement : c’est cette
attitude-là qu’on attendrait d’un gouvernement de gauche.
« Gauche » et « droite », termes normalement transparents d’un débat
devenu — logiquement — d’une parfaite confusion depuis que ce qu’on
tenait pour une réalisation de la « gauche » (le Parti socialiste) est
devenu de droite. Entretenu par une caste d’éditorialistes
sociologiquement inclinés à accompagner, dans un mélange de sentiment
d’appartenance élitaire et de racisme social, l’abandon des classes
ouvrières où se jouait l’ancrage à gauche de la « gauche » [
3], le brouillage des cartes politiques, dont on ne trouverait pas d’exemple plus typique que le gros titre
« De gauche ! » dont
Libération fit sa une à la suite du meeting du Bourget [
4],
le brouillage des cartes politiques, donc, appelle sans cesse à refaire
les catégories et à retracer leurs lignes de partage. S’il est bien
certain qu’on ne peut plus se fier aux revendications de la partie
majoritaire de la « gauche », le PS, pour savoir ce que c’est que la
gauche, il faut alors en produire le concept, ou les critères, en toute
généralité.
On pouvait déjà trouver l’un de ces critères dans le rapport au
« cadre » constitué par les structures de la mondialisation, soit : le
plain-pied concurrentiel du libre-échange international ; la
déréglementation financière ; l’orthodoxie de la politique économique
sous surveillance des marchés de capitaux ; la droite se définissant
alors comme le renoncement à contester le cadre et le choix de se
soumettre à ses contraintes, la gauche comme projet alternatif de
refaire le cadre, ou bien d’en sortir.
La bascule de l’automne 2012 et la nouvelle alliance du socialisme de
gouvernement suggèrent une autre ligne de partage, tracée d’après les
positions face à la prise d’otage du capital : validée ou contestée ?
Validée, et tout est fait pour donner satisfaction au capital,
c’est-à-dire consentir à un état des choses qui fait jouer le jeu de
l’économie à ses conditions — c’est la droite. Contestée, et la capture
privative du bien collectif en quoi consistent les conditions de la vie
matérielle de la société est jugée intolérable en principe, les
structures économiques sont modifiées pour en contrecarrer les effets,
éventuellement les annuler en visant une sortie du capitalisme, en tout
cas identifier comme seul objectif politique pertinent de rendre du
pouvoir au grand nombre contre le petit — c’est la gauche.
Le PS, ou la droite complexée
Que ce soit sous le critère du « cadre » ou celui de la « prise
d’otage », il est bien clair que le Parti socialiste n’est plus de
gauche. On dira que ce constat était acquis depuis longtemps en fait,
dès l’époque de la «
politique de terrain »
— qui avait choisi l’intérieur du cadre. Mais la bascule dans la
« politique de service » (le « socialisme de l’offre ») — qui choisit le
côté du preneur d’otage — porte ce déplacement à une intensité sans
précédent, et rend non seulement analytiquement impossible, mais
politiquement scandaleux, que le gouvernement présent, et la majorité
dont il procède, puissent encore être dits « de gauche ». Une fois n’est
pas coutume — et probablement sans suite —, on peut ici retenir de
Camus que
« mal nommer les choses, c’est ajouter au malheur du monde »,
et qu’en effet, persister à nommer « gauche » le Parti socialiste n’a
pas cessé d’ajouter au malheur politique de notre monde : en barrant
longtemps la possibilité d’une (vraie) gauche.
Il est donc à craindre que la pleine advenue de cette vraie gauche
demeure impossible tant que n’aura pas été accomplie une sorte de
révolution symbolique qui aura converti les regards portés sur le Parti
socialiste, et produit comme une évidence politique, contre la force
d’inertie des étiquetages médiatiques paresseux, que ce parti (dans sa
ligne majoritaire présente) n’a plus aucun titre à être considéré comme
de gauche — un peu de la même manière que l’idée d’un quelconque
radicalisme du parti radical ne suscite plus depuis longtemps que de
l’hilarité. Il est certain en tout cas que le corps social prendrait une
vue sensiblement différente sur la compétition électorale qu’on lui
vend comme « démocratie », à partir du moment où il verrait clairement
qu’elle n’a pour enjeu que de départager la droite et la fraction
modérée de la droite. Encore qualifier le Parti socialiste de « fraction
modérée de la droite » demeure-il sujet à discussion si l’on considère
que les avancées du rapport Gallois et de l’ANI vont au-delà des
ambitions de la droite sans complexe, comme l’atteste le succès
parlementaire que rencontre, auprès même des députés UMP, le projet de
loi transcrivant l’accord sur l’emploi. Voilà donc peut-être comment il
faudrait dire les choses plus justement : l’alternance UMP-PS n’est rien
d’autre que celle de la droite décomplexée et de la droite complexée.
La révolution des balais ?
Cahuzac, dont les accointances droitières deviennent moins
incompréhensibles sous cette perspective — entre droites, on peut bien
se parler —, n’est donc pas une péripétie puisqu’il est fatal que
certains finissent par convertir en manières personnelles les manières
politiques de leur groupe de passer avec armes et bagages du côté de
l’argent.
On pourrait ici, métaphoriquement bien sûr, se référer à une théorie
mathématique très puissante, la théorie dite des catastrophes [
5],
dont l’une des thèses les plus fortes énonce qu’une structure s’exprime
entièrement dans ses singularités. En d’autres termes, il est des
accidents locaux qui ne sont pas des erreurs adventices de la structure
globale mais bien l’expression de sa nécessité. Ca n’est donc pas
seulement, comme on dit parfois, que
« le poisson pourrit par la tête », le corps primitivement sain n’étant gagné que par après, mais que la pourriture de la tête
révèle la malfaçon de l’ensemble. C’est pourquoi on ne saurait davantage faire erreur, comme malheureusement Christian Salmon [
6], en ne voyant dans les appels au
« coup de balai », qu’une éruption moralisatrice quand, à la lumière de cette
« théorie des singularités », ou des
« péripéties »,
ces appels sont en fait entièrement rattachables à une analyse
profondément politique. Pour y accéder cependant, encore faut-il
délaisser un instant le plan fait-diversier de l’épisode, et même celui
de la politique de surface qui, sans surprise, n’appellera pas d’autre
réponse que les indigentes propositions à base de transparence, de
déclaration de patrimoine et de solennelles promesses de ne plus être
avocat d’affaire en même temps que député — soit le contournement
parfait des enjeux fondamentaux qui s’expriment dans l’affaire Cahuzac.
Changer une structure globale, oui c’est l’affaire d’un coup de balai,
d’un grand coup de balai même.
Evidemment ça n’est pas là exactement un langage fait pour complaire
aux becs fin et aux museaux délicats. Il est vrai que ceux-là ont si
profondément partie liée au système à balayer qu’on ne saurait s’étonner
que la proposition du balai les scandalise. Editorialistes confits,
journalistes installés, experts grassement payés, supplétifs conscients
ou inconscients de l’ordre social, tous sont bien d’accord que « la
violence est le dernier moyen de régler les problèmes politiques ». On
pourrait sans doute prolonger avantageusement à la caste de ces
publicistes les analyses de Bourdieu, qui montrait comment le rapport
scolastique au monde, permis par l’ignorance des urgences matérielles,
telles les nécessités concrètes de boucler les fins de mois ou les
angoisses d’un avenir trop incertain, comment ce rapport rend possible
la distance au monde du
lector, universitaire ou éditorialiste,
qui tient sa position de recul pour l’effet de sa vertu intellectuelle,
et le calme qui l’accompagne pour celui de sa vertu morale. Aux
affranchis de la nécessité, tous les emportements, tous les éclats de
voix ne sont que lamentables violences. Leur dénonciation peut alors se
donner la hauteur de vue des grands principes, agrémentés comme il se
doit de la condamnation « des populismes », cet asile de l’ignorance
médiatique [
7],
et les précepteurs autoproclamés, qu’aucune urgence n’assaille jamais,
se répandre en leçons de maintien démocratique : « la violence, le
dernier des moyens bla bla… ».
Ils tomberont certainement de leur chaise si on vient leur dire, au
contraire, que dans certaines situations de confiscation des pouvoirs au
bénéfice exclusif des dominants et de blocage institutionnel patenté,
le retour à une certaine forme de violence, lorsque toutes les solutions
politiques « froides » sont vouées à demeurer inopérantes, à l’image
des pantomimes électorales qui ne donnent à choisir qu’entre Jospin et
Chirac, Royal et Sarkozy, Sarkozy et Hollande, le retour à une certaine
forme de violence, donc, pourrait être le premier des moyens, en fait le
seul restant, de faire sauter quelques verrous. Grands dénonciateurs de
la corruption (des autres — car entre les ménages des vedettes des
médias et les jetons de présence des experts, l’hôpital ne cesse de se
foutre de la charité), la conséquence est, de toutes leur vertus
intellectuelles manquantes, celle qui leur manque le plus.
Libération, par exemple, à qui il arrivera de penser que
« le néolibéralisme est vraiment trop injuste »
ne saurait pousser l’enchaînement de ses idées jusqu’à considérer que
le néolibéralisme vraiment trop injuste est un ordre de domination,
qu’on n’a jamais vu les dominants quitter d’eux-mêmes leurs positions de
domination, et qu’un vœu
conséquent de justice sociale ne peut exclure qu’il faille les pousser dehors — car ils ne rendront pas les clés spontanément.
Aussi les inconséquents demeurent-ils scandalisés par les images de
balai — eux préfèrent épousseter à la pince à épiler —, et « la
violence » les horrifie. Enfin certaines violences plutôt que d’autres
— qui les laissent de marbre. La violence évocatrice du balai est
abominable, mais celle qui conduit quelques désespérés à s’immoler
devant Pôle emploi en revanche ne laisse pas de trace plus d’une
journée, celle des suicidés de la valeur actionnariale, à Orange ou
ailleurs, pas davantage, quant à la misère des vies brisées par les
temps partiels, les reclassements à cinquante kilomètres du domicile ou
les horaires tournants, elles n’existent même pas. L’austérité : pas
violente. Les baisses de salaire imposées à des gens qui survivent à
peine : pas violentes. La flexibilisation qui rend les salariés
corvéables à merci : pas violente. Les plans de licenciement boursiers,
les propositions de reclassement en Roumanie à 200 euros le mois : pas
du tout violents.
Ainsi chacun juge-t-il de la violence selon sa position sociale et,
comme toujours, ses jugements de violence en disent plus long sur lui
que sur les « violences » jugées. Ils en disent long sur des
satisfactions d’existences totalement ignorantes du malheur d’existences
autres que les leurs — hormis quelques oblats verbaux caractéristiques
du
« socialisme pleurnichard » —, mais aussi sur le mélange de
dénégation et d’inconséquence que ces satisfactions déterminent. Car il
faut être aveugle, borné ou totalement crétin pour imaginer encore que
la moindre modification significative du système néolibéral puisse venir
du jeu normal des institutions politiques présentes où, précisément, le
système en question a trouvé un inexpugnable refuge.
La question, en forme d’alternative, du « soulèvement ou du
Parlement » ne se pose pas, ou ne se pose plus : la « voie
parlementaire » a eu tout le temps de faire ses preuves — et elles sont
faites : depuis deux décennies ici, et dans tous les pays de l’Europe
austéritaire. La chose parodique que, dans une entreprise de correction
du langage décidément impérative, on ne devrait plus nommer
« démocratie », mais, par exemple à la manière d’Alain Badiou,
« capitalo-parlementarisme », cette chose a plus qu’abondamment démontré
quels intérêts elle servait indéfectiblement quand le pouvoir n’est
plus disputé qu’entre la droite décomplexée et la droite complexée. Sauf
mutation endogène de la droite complexée — évidemment impossible (sauf
vers l’abandon des complexes…) —, la vraie gauche, telle qu’elle a déjà
émergé mais telle qu’elle ne cesse de se heurter à tous les
verrouillages du capitalo-parlementarisme, la vraie gauche doit se faire
connaître, là où elle le peut. S’il n’y a plus que la rue quand toutes
les autres avenues de la politique institutionnelle sont, non pas
formellement, mais réellement bouchées, ainsi soit-il !
Les soulèvements aiment à se donner des signes, ils ont raison. La
révolution tunisienne a eu le jasmin, comme jadis la révolution
portugaise les œillets, et l’argentine... les casseroles ! Alors, oui,
pourquoi pas le balai ? Comme appel au départ de la droite se faisant
passer pour la gauche, mais aussi comme exigence de nouvelles
institutions qui offriraient
réellement sa chance à la vraie gauche. On rêve : un mouvement armé de balais, manière, pour l’heure toute symbolique, de narguer les
gate-keepers
satisfaits de l’espace médiatique, qui s’acharnent à disqualifier pour
cause de violence verbale toutes les tentatives sérieuses d’en finir
avec la violence sociale, une foule de balais rigolarde, non plus de
République à Nation, mais devant l’Assemblée, rue de Solférino, et puis
surtout sous les fenêtres des épouvantés : de Pujadas, de
Libération, de Patrick Cohen et de Pascale Clark, du
Nouvel Obs, d’Aphatie et de Canal, inspirée, quitte à faire une fois dans le contre-emploi, par Bernanos et sa réjouissante devise :
« jamais nous ne nous lasserons d’offenser les imbéciles ».