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vendredi 7 novembre 2014

La Révolution russe du 7 novembre 1917 : la prise du pouvoir des délégués du peuple dans les CDR de l'époque


par Yanick Toutain

#RevActu
7/11/14

Bravo à  Claude Ovtcharenko, bénévole, journaliste à la retraite, France.
"Mstislavsky parle d’une foule électrisée qui jurait fidélité aux soviets. Le même tableau, bien qu’en de moindres proportions, se reproduisait dans toutes les parties de la ville, au centre et dans les faubourgs. Des centaines de milliers de personnes, simultanément et aux mêmes heures, levaient la main et juraient de mener la lutte jusqu’au bout"
(Histoire de la Révolution russe
Leon Trotsky Source gratuite complète)
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C'était il y a 97 ans que le Comité Militaire Révolutionnaire agissant pour le compte du Congrès des Soviets de la région Nord de la Russie prit l'initiative de casser la tentative contre-révolutionnaire de Kornilov Kerenski en prenant le pouvoir pour l'offrir, dans la journée du 7 novembre au 2° Congrès panrusse des Soviets.
Le formalisme institutionnel est important car il est un missile conceptuel dans la face hideuse des faux historiens révisionnistes.
Le 2° congrès pan-russe des Soviets de Russie allait avoir une claire majorité de Bolchéviks et de SR de gauche et c'est la raison pour laquelle le SR de droite Kerenski précipita un coup d'Etat militaire : la réédition de celui de la fin du mois d'Août qui avait fini en "Journée des Dupes" pour le général Kornilov qui s'apprêtait à faire un enfant dans le dos de son allié Kérenski et qui vit celui-ci finir par accepter de passer alliance avec ses ennemis bolchéviks pour ne pas finir en Allende 1917 précocément.
C'est donc 97 après la Révolution du 7 novembre 1917 que la Révolution burkinabè du 30 octobre 2014 a failli donner le pouvoir au peuple du Faso !
C'était sans compter sur le traitre innovois Smockey et sa clique de #Balai #Achiottes qui s'empressa de donner le pouvoir au Kornilov du 21° siècle... le chef en second de la .... garde prétorienne du tyran déchu !
Comme si le chef de l'Okhrana avait pu prendre; confié à lui par Kerenski en mars 1917, le poste occupé par .... le prince Lvov !
Mais ce n'est pas une véritable lvovisation, c'est quasiment une mini contre-révolution qui est organisée.
A preuve de cette trajectoire de saboteur innovois contre-révolutionnaire prise par le gredin Smockey : ses insultes machistes et anti-sankaristes

MERCREDI 5 NOVEMBRE 2014


Les insultes de Smockey Bambara contre Julie Amadis et les vrais révolutionnaires du Burkina Faso


Smockey Bambara écrivait ces insultes ce soir sur le mur Facebook de Zinaba Rasmane"Il ya des moments où l'inactivité des cerveaux est plus judicieuse que l'activité de certaines cervelles. C'est moi qui ai prononcé le mot "deal" et je l'assume, mais sachez que ce mot n'a pas la même signification en anglais...maintenant quand aux imbéciles qui se réclament de l'héritage de thomas sankara et qui en sont indignes au regard de leurs gesticulations amères je fais confiance au temps pour révéler le côté hideux de leur vraie nature"... source: Facebook 5/11/14 19h52
Au lieu d'appeler la population à respecter la légalité ante-15 octobre 1987 et à construire un CNR, un nouveau Comité National de la Révolution appuyé sur des CDR, des Conseils de Défense de la Révolution, l'innovois compradore et ses camarades se précipitèrent place de la Révolution (ex-nation) pour adouber..... Yacouba Isaac Zida, le numéro de la garde prétorienne du régime.
Ces innovois compradore de la trempe de Alpha Blondy, Tiken Jah Fakoly et Smockey maintenant retirent leurs masques hypocrites dans les circonstances où leurs caractèristiques d'Innovants NON CORROMPUS auraient du apparaitre
Seulement voilà, consommer plus que 1000 euros par mois, plus que 656 000 F CFA.... c'est précisément cela être corrompu !
Et donc ils sabotent tous les uns après les autres

VENDREDI 31 OCTOBRE 2014


Révolution Burkinabé du 30 octobre 2014 ! Compaoré DEGAGé ! Le peuple en insurrection !


par Yanick Toutain
RevActu
31/10/14

DERNIERE HEURE; 22h48

Burkina Faso : Le lieutenant-colonel Yacou Zida ordonne la fermeture des frontières et décrète un couvre-feu

L’officier qui était chef de la sécurité de Blaise Compaoré a, dans deux communiqués publiés dans une télévision locale, annoncé qu’il fermait les frontières et décrétait un couvre-feu.
Enfin !
Ca y est !
Après 27 ans et 15 jours, le tyran est chassé par le peuple !
Les solutions de rechange impérialistes ne seront pas tolérées par le peuple :
Que ce soit la baderne Nabéré Honoré Traoré chef des armées ou la baderne Kouamé Lougué qui rendait encore hommage au tyran Compaoré ce matin ou toute autre solution militaire, le peuple n'acceptera pas !

SAMEDI 1 NOVEMBRE 2014


La Révolution burkinabé du 30 octobre 2014 et les 3 « prince Lvov » du 31 octobre : Nabéré Honoré Traoré, Yacouba Isaac Zida et Kouamé Lougué.

par Yanick Toutain
Revactu
1/11/2014


"Eh les gars, je suis encore sur ma faim; je suis surtout très inquiet. Le numéro 2 de la garde de blaise?! Lui là même qui pourrait être celui qui a transmis l'ordre de blaise de tirer sur le Peuple?! Franchement je reste inquiet, et dubitatif sur sa bonne foi. La garde rapprochée de blaise?! Rassurez moi SVP les gars! Je ne connais certes pas ce Isac Zida"
Commentaire d'un activiste burkinabé ce matin 
Souley KindoMouvement Blaise Compaore Doit Partir "" au Burkina Faso. 
5 h · 
Sanne Hamidou il est l'adjoint de julbert djenguéré ki veu just protéger les gars du régime compaoré
5 h · J’aime · 3
« J'assume les responsabilités de chef de cette transition et de chef de l'Etat pour assurer la continuité de l'Etat » (source Le Monde)

extrait



Pour l'instant, entre 16h15, Isaac Zida joue encore les modestes et se contente de nourrir la foule de paroles.
17h25 : D'abord devant la presse, puis devant la foule sur la place de la Nation, rebaptisée « place de la révolution », le lieutenant-colonel Isaac Zida s'exprimait un peu plus tôt aux côtés du porte-parole du Balai citoyen, Me Guy Hervé Kam et d'autres représentants de la société civile. Outre la suspension de la Constitution de 1991, le commandant adjoint du Régiment de sécurité présidentielle affirme qu'un organe de transition sera mis en place en accord avec toutes les forces vives de la nation en vue d’organiser une transition encadrée en vue d’un retour à une vie constitutionnelle normale. « La composition de cet organe consensuel de transition, ainsi que sa durée que nous souhaitons la plus brève possible, seront déterminées par l’organe de transition dans les plus brefs délais possible. »(RFI).

Qui a autorisé le Balai citoyen a ramener une baderne compradore comme garant des libertés ?
Qui a autorisé l'avocat formois compradore Guy Hervé Kam a agir ainsi ? Devant quels groupes de délégateurs est-il responsable ?
Aucun !
Ces traitres du Balai n'ont pas appelé les centaines de milliers de révolutionnaires à construire des CDR ?
Alors que 400 000 personnes auraient pu former plus de 15000 groupes de 25 personnes, alors que ces groupes auraient pu désigner 15000 délégués de base, 625 délégués de conseils, 25 délégués députés et 1 délégué national, MEMBRE DU PREMIER GOUVERNEMENT REVOLUTIONNAIRE, les traitres du Balai ont retiré leur masque et pactisent avec l'ennemi en la personne de la ganache militaire Zida !
Comment croire des gens qui n'organisent même pas l'arrestation immédiate de ce Isaac Zida?

Leur sabotage eut lieu en TOUTE ILLEGALITE
En effet le départ de Compaoré DONNE IMMEDIATEMENT LE POUVOIR AU CNR ET AUX CDR
LA CONSTITUTION DE 1991 est ABOLIE !


DI 4 NOVEMBRE 2014


En 1917, le processus fut encore plus tranquille plus pacifique

Regardez ce qui s'est passé le DIMANCHE 3 NOVEMBRE 1917
(22 octobre dans l'ancien calendrier russe)

.
Ce que les gens ignorent c'est que 3 jours avant le 7 novembre, 3 jours avant les opérations militaires de prise de contrôle de la ville de Pétrograd par le CMR, on vit une journée de kermesse populaire pendant tout le dimanche précédent.


Léon Trotsky, Histoire de la Révolution russe. 

La conduite étourdie des autorités n’était-elle point cependant une simple fa-çon de dissimuler leurs véritables intentions ? L’État-major ne se disposait-il pas, en prenant des apparences de naïveté bureaucratique, à porter au Comité militaire révolutionnaire un coup imprévu ? Pareil attentat venant de la part des organes
Léon Trotsky, Histoire de la Révolution russe. 2- Octobre [1932] (1967) 452
éperdus et démoralisés du gouvernement provisoire était considéré à Smolny comme peu probable. Mais le Comité militaire révolutionnaire prit néanmoins les plus simples mesures de précaution : dans les casernes les plus proches montèrent la garde, jour et nuit, des compagnies, sous les armes, prêtes, au premier signal, à accourir au secours de Smolny.
Bien que la procession eût été décommandée, la presse bourgeoise annonçait pour le dimanche une effusion de sang. Un journal conciliateur déclarait dès le matin : « Aujourd’hui, les autorités s’attendent à une manifestation avec une plus grande vraisemblance que le 20 octobre dernier. » C’est ainsi que, pour la troi-sième fois, en une semaine, le 17, le 20 et le 22, le gamin vicieux trompait le peu-ple en criant « au loup ! au loup ! » A la quatrième fois, si l’on en croit la vieille fable, le gamin devait tomber sous les crocs du loup.
La presse des bolcheviks, en appelant les masses à se réunir, parlait d’un recensement pacifique des forces révolutionnaires à la veille du Congrès des so-viets. Cela répondait tout à fait à la conception du Comité militaire révolutionnai-re : faire une revue gigantesque, sans collisions, sans employer les armes et même sans les brandir. Il fallait montrer à la base ce qu’elle était elle-même, et son nombre, et sa force, et sa résolution. Par l’unanimité de la multitude, il fallait for-cer les ennemis à se cacher, à disparaître, à ne pas se montrer. Par la démonstra-tion de l’impuissance de la bourgeoisie devant les formations de masse des ou-vriers et des soldats, il fallait effacer dans la conscience de ceux-ci les derniers souvenirs rétenteurs des Journées de Juillet. Il fallait arriver à ceci que les masses, se voyant elles-mêmes, se disent : personne et rien ne pourra plus nous résister.
« La population épouvantée — écrivait, cinq ans plus tard, Milioukov — garda le logis ou bien se tint à l’écart. » La bourgeoisie restait à la maison : elle était effectivement épouvantée par sa propre presse. Tout le reste de la population se rendit dès le matin aux réunions : jeunes et vieux, hommes et femmes, des adoles-cents et des mères avec leurs enfants sur les bras. De pareils meetings n’avaient jamais encore eu lieu pendant toute la période révolutionnaire. Tout Petrograd, exception faite des sommets, n’était plus qu’un immense meeting. Dans des salles archicombles, l’auditoire se renouvelait pendant des heures et des heures. Vague sur vague, des ouvriers, des soldats, des matelots déferlaient vers les édifices et les remplissaient. Il y eut un ébranlement dans le petit peuple citadin, réveillé par des gémissements et des avertissements qui devaient lui donner peur. Des dizaines
Léon Trotsky, Histoire de la Révolution russe. 2- Octobre [1932] (1967) 453
de milliers de gens submergeaient l’énorme édifice de la Maison du Peuple, défer-laient dans les couloirs et, en masses compactes, exaltés, mais en même temps disciplinés, remplissaient les salles du théâtre, les corridors, buffets et foyers, sur les poteaux de fonte, et aux fenêtres, étaient suspendues des guirlandes, des grap-pes de têtes humaines, de jambes, de bras. Il y avait dans l’air cette charge d’électricité qui annonce un prochain éclat. A bas Kérensky ! A bas la guerre ! Le pouvoir aux soviets ! Pas un des conciliateurs n’osa se montrer devant ces foules ardentes pour leur opposer des objections ou des avertissements. La parole appar-tenait aux bolcheviks. Tous les orateurs du parti, y compris les délégués de pro-vince qui étaient arrivés pour le Congrès, avaient été mis sur pied. Çà et là, rare-ment, prenaient la parole des socialistes-révolutionnaires de gauche, parfois des anarchistes. Mais les uns et les autres s’efforçaient de se distinguer aussi peu que possible des bolcheviks.
Pendant des heures se tenaient là des gens des faubourgs, du sous-sol et des mansardes, en paletots rapiécés, coiffés de bonnets fourrés et de gros fichus, les chaussures toutes gonflées de la fange des rues, des toussaillements de l’automne arrêtés dans la gorge, pressés épaule contre épaule, se serrant de plus en plus pour donner place à d’autres, pour donner place à tous, et ils écoutaient sans lassitude, avidement, passionnément, réclamant, craignant de laisser échapper ce qu’il était le plus nécessaire de comprendre, de s’assimiler et de faire. Il semblait que, dans les derniers mois, dans les dernières semaines, dans les tout derniers jours, toutes les paroles eussent été dites. Mais non, elles ont aujourd’hui un autre son. Les masses les ressentent d’une façon nouvelle, non plus comme un prêche, mais comme une obligation d’agir. L’expérience de la révolution, de la guerre, de la dure lutte, de toute une amère vie, remonte des profondeurs de la mémoire de tout homme écrasé par le besoin et se fixe dans ces mots d’ordres simples et impé-rieux. Cela ne peut continuer ainsi, il faut ouvrir une brèche vers l’avenir.
Vers cette journée simple et stupéfiante qui se détachait nettement sur le fond non point pâle déjà de la révolution, les regards de chacun des militants se retournèrent dans la suite. L’image d’une lave humaine inspirée et contenue dans son mouvement indomptable se grava pour toujours dans le souvenir des témoins ocu-laires. « La journée du soviet de Petrograd — écrit le socialiste-révolutionnaire de gauche Mstislavsky — se passa en innombrables meetings où l’enthousiasme était formidable. » Le bolchevik Pestkovsky, qui avait pris la parole dans deux usines
Léon Trotsky, Histoire de la Révolution russe. 2- Octobre [1932] (1967) 454
de Vassilievsky-Ostrov, témoigne : « Nous parlions clairement à la masse de la prochaine prise du pouvoir par nous et nous n’avons entendu que des approbations. »

« Autour de moi — raconte Soukhanov, au sujet du meeting à la Maison du Peuple — l’ambiance était proche de l’extase… Trotsky formulait une brève résolution générale… Qui vote pour ?… Une foule de milliers de personnes, comme un seul homme, leva les bras. Je vis les bras dressés et les yeux enflam-més des hommes, des femme, des jeunesses, des ouvriers, des soldats, des mou-jiks et de personnages typiquement petits-bourgeois… Trotsky continuait à parler. L’innombrable foule continuait à tenir les bras en l’air. Trotsky scandait les mots : votre vote, qu’il soit votre serment… L’innombrable foule tenait les bras en l’air. Elle était d’accord, elle jurait. » Le bolchevik Popov relate quel serment enthou-siaste fut apporté aux masses : « Foncer au premier appel du soviet. »

Mstislavsky parle d’une foule électrisée qui jurait fidélité aux soviets. Le même tableau, bien qu’en de moindres proportions, se reproduisait dans toutes les parties de la ville, au centre et dans les faubourgs. Des centaines de milliers de personnes, simultanément et aux mêmes heures, levaient la main et juraient de mener la lutte jus-qu’au bout.
Si les séances quotidiennes du Soviet, de la Section des soldats, de la Confé-rence de la garnison, des comités de fabrique et d’usine faisaient la soudure inter-ne d’une large couche de dirigeants ; si certaines assemblées de masses groupaient les usines et les régiments, la journée du 22 octobre fondit à haute température, dans une seule chaudière géante, les authentiques masses populaires. Les masses se reconnurent elles-mêmes et virent leurs chefs, les leaders virent et entendirent les masses. Des deux côtés, l’on resta réciproquement satisfait. Les leaders étaient persuadés : on ne peut remettre à plus tard ! Les masses se dirent : cette fois-ci, ce sera fait !
La réussite de la revue des forces bolchevistes, le dimanche, diminua la pré-somption de Polnikov et de son haut commandement. D’accord avec le gouver-nement et avec le Comité exécutif central, l’État-major tenta de s’entendre avec Smolny. Pourquoi donc, en effet, ne pas rétablir les bonnes vieilles habitudes amicales du contact et de la conciliation ? Le Comité militaire révolutionnaire ne refusa pas de déléguer des représentants pour un échange d’idées : on ne pouvait désirer meilleur moyen de reconnaissance.


Au Togo c'est aujourd'hui qu'ils auraient du commencer le renversement du tyran criminel Gnassingbé

VENDREDI 7 NOVEMBRE 2014













QUE TOUS LES REVOLUTIONNAIRES LISENT ATTENTIVEMENT LES LIGNES QUI SUIVENT
EN PRENANT EN CONSIDERATION
22 OCTOBRE = 3 NOVEMBRE
25 OCTOBRE = 7 NOVEMBRE
Histoire de la Révolution russe.2. Octobre. [1932] (1967)

P. 421
Le Comité exécutif central, sous la direction de ses grands maîtres en petites affaires, déclara que le congrès du Nord était une conférence particulière, Une poignée de délégués mencheviks ne partici-pa point aux travaux du Congrès, n’y assistant qu’« à titre d’information ». Com-me si cela pouvait diminuer d’un iota la signification d’un congrès auquel étaient représentés les soviets de Petrograd et de la périphérie, de Moscou, de Cronstadt, de Helsingfors et de Reval, c’est-à-dire de deux capitales, de forteresses mariti-mes, de la flotte de la Baltique et des garnisons des environs de Petrograd.
Ouvert par Antonov, le Congrès, auquel on avait donné à dessein une nuance militaire, eut lieu sous la présidence du sous-lieutenant Krylenko, le meilleur agi-tateur du parti sur le front, futur commandant en chef des troupes bolchevistes. Le rapport politique de Trotsky portait essentiellement sur la tentative nouvelle faite par le gouvernement pour éloigner de Petrograd les régiments révolutionnaires : le Congrès ne permettra pas « de désarmer Petrograd et d’étouffer le Soviet ». La question de la garnison de Petrograd est un élément du problème fondamental du pouvoir. « Tout le peuple vote pour les bolcheviks. Le peuple a confiance en nous et nous charge de prendre le pouvoir en main. » La résolution proposée par Trots-ky dit : « L’heure est venue où c’est seulement par une marche audacieuse et unanime de tous les soviets que peut être résolue la question du pouvoir central. » Cet appel à peine masqué à l’insurrection est adopté à l’unanimité sauf trois absten-tions.
Lachévitch appelait les soviets à s’assurer, d’après l’exemple de Petrograd, des garnisons locales. Le délégué letton Peterson promit pour la défense du Congrès des soviets quarante mille chasseurs lettons. La déclaration de Peterson, accueillie avec enthousiasme, n’était pas le moins du monde de la phrase. Quel-ques jours après, le soviet des régiments lettons proclama ceci : « C’est seulement une insurrection populaire… qui rendra possible le passage du pouvoir aux mains des soviets. » La radio des vaisseaux de guerre répandit, le 13, dans tout le pays, l’appel du Congrès du Nord à se préparer au Congrès panrusse des soviets. « Sol-dats, matelots, paysans, ouvriers ! Votre devoir est de surmonter tous les obsta-cles… »
Aux délégués bolchevistes du Congrès du Nord, le Comité central du parti proposa de ne point quitter Petrograd dans l’attente du tout prochain Congrès des
Léon Trotsky, Histoire de la Révolution russe. 2- Octobre [1932] (1967) 422
soviets. Certains délégués, sur mandat du Bureau élu par le Congrès, se rendirent dans les organisations de l’armée et les soviets de localités pour faire des rapports, en d’autres termes pour préparer la province à l’insurrection. Le Comité exécutif central vit alors à côté de lui un puissant appareil qui s’appuyait sur Petrograd et Moscou, qui s’entretenait avec le pays par l’intermédiaire des stations d’émission des dreadnoughts et qui était prêt à se substituer, le moment venu, à l’organe su-prême déjà vétuste des soviets, pour convoquer le Congrès. Les petites finasseries dans l’organisation ne pouvaient être d’aucune utilité pour les conciliateurs.
La lutte pour et contre le Congrès donna dans les provinces la dernière impul-sion à la bolchevisation des soviets. Dans un bon nombre de provinces arriérées, par exemple dans celle de Smolensk, les bolcheviks, seuls, ou bien avec les socia-listes-révolutionnaires de gauche, obtinrent pour la première fois la majorité dès le temps de la campagne pour le Congrès ou bien aux élections de délégués. Même au Congrès sibérien des soviets, les bolcheviks réussirent, au milieu d’octobre, à créer avec les socialistes-révolutionnaires de gauche, une solide majorité qui mit facilement son cachet sur tous les soviets locaux. Le 15, le Soviet de Kiev, par 159 voix contre 28, avec 3 abstentions, reconnut le futur Congrès des soviets « or-gane souverain du pouvoir », Le 16, le Congrès des soviets de la région du Nord-Ouest, à Minsk, c’est-à-dire au centre du front Ouest, reconnut urgente la convo-cation du Congrès. Le 18, le Soviet de Petrograd procéda aux élections pour le prochain Congrès : la liste bolcheviste (Trotsky, Kamenev, Volodarsky, Iouréniev et Lachevitch) obtint 443 voix ; les socialistes-révolutionnaires en eurent 162 ; c’étaient tous des socialistes-révolutionnaires de gauche tendant vers les bolche-viks ; les mencheviks obtenaient 44 voix. Le Congrès des soviets de l’Oural, qui siégeait sous la présidence de Krestirisky, où l’on comptait, sur 110 délégués, 80 bolcheviks, exigea, au nom de 223 900 ouvriers et soldats organisés, la convoca-tion du Congrès soviets à la date fixée. Le même jour, le 19, la Conférence des comités de fabrique et d’usine, la plus directe et incontestable représentation du prolétariat de tout le pays, se prononça pour la transmission immédiate du pouvoir aux soviets. Le 20, Ivanovo-Vomessensk déclara tous les soviets de la province « en état de lutte ouverte et implacable avec le gouvernement provisoire », et les invita à résoudre d’autorité sur place les questions économiques et administrati-ves. Contre la résolution qui signifiait le renversement des autorités gouverne-mentales dans les localités, il y eut seulement une voix et une seule abstention. Le
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22, la presse bolcheviste publia une nouvelle liste de cinquante-six organisations qui exigeaient le passage du pouvoir aux soviets : ce sont entièrement les vérita-bles masses, dans une forte mesure armées.
Le puissant appel lancé par les contingents de la prochaine insurrection n’empêcha pas Dan de rapporter au Bureau du Comité exécutif central que sur 917 organisations soviétiques existantes, cinquante seulement avaient répondu par leur consentement à envoyer des délégués, et cela « sans aucun enthousiasme ». On peut comprendre sans peine que les peu nombreux soviets qui croyaient enco-re indispensable de vouer leurs sentiments au Comité exécutif central considé-raient le Congrès sans enthousiasme. Cependant, dans leur écrasante majorité, les soviets locaux et les comités ignoraient purement et simplement le Comité exécu-tif central.
S’étant trahis et compromis par leur action pour faire échouer le Congrès, les conciliateurs n’osèrent pourtant pas pousser l’affaire jusqu’au bout, Quand il de-vint évident que l’on ne réussirait pas à éviter le Congrès, ils firent une brusque conversion, en appelant toutes les organisations locales à élire des délégués au Congrès, pour ne point céder la majorité aux bolcheviks. Mais, s’étant ressaisi trop tard, le Comité exécutif central se vit forcé, trois jours avant la date fixée, de différer le Congrès jusqu’au 25 octobre.
Le régime de Février et, avec lui, la société bourgeoise obtinrent, grâce à la dernière manoeuvre des conciliateurs, un délai imprévu à duquel ils ne pouvaient pourtant rien tirer d’essentiel. En revanche, les bolcheviks utilisèrent les cinq journées supplémentaires avec grand succès. Plus tard, cela fut reconnu même par les ennemis. « Le retardement de la manifestation — raconte Milioukov fut utilisé par les bolcheviks avant tout pour consolider leurs positions parmi les ouvriers et les soldats de Petrograd. Trotsky se montrait dans les meetings, en diverses parties de la garnison de la capitale. L’état d’esprit qu’il créa se caractérise ainsi, par exemple, que, dans le régiment Semenovsky, les membres du Comité exécutif qui voulurent parler après lui, Skobelev et Gotz, ne purent dire un mot. »
La conversion du régiment Semenovsky, dont le nom était inscrit dans l’histoire de la révolution en caractères sinistres, avait un sens symbolique : en décembre 1905, les Semenovsky avaient fait le plus gros du travail pour l’écrasement de l’insurrection à Moscou. Le chef du régiment, le général Min,
Léon Trotsky, Histoire de la Révolution russe. 2- Octobre [1932] (1967) 424
avait donné cet ordre : « Ne pas faire de prisonniers. » Sur le secteur ferroviaire de Moscou-Goloutvine, les Semenovsky fusillèrent cent cinquante ouvriers et employés. Félicité pour ces prouesses par le tsar, le général Min fut, dans l’automne de 1906, tué par la socialiste-révolutionnaire Konopliannikova. Empê-tré tout entier dans les filets des vieilles traditions, le régiment Semenovsky avait résisté plus longtemps que la majorité des autres effectifs de la Garde. Sa réputa-tion de contingent « sûr » était si solide que, malgré le lamentable échec de Sko-belev et de Gotz, le gouvernement s’entêta à compter sur les Semenovsky jus-qu’au jour de l’insurrection et même après.
La question du Congrès des soviets resta la question politique centrale pen-dant les cinq semaines qui séparèrent la Conférence démocratique de l’insurrection d’octobre. Déjà, la déclaration des bolcheviks à la Conférence dé-mocratique proclamait le prochain Congrès des soviets « organe souverain du pays ». « Celles-là seulement des décisions et propositions de la présente Confé-rence… peuvent trouver une voie de réalisation, qui auront été approuvées par le Congrès panrusse des députés ouvriers, paysans et soldats. » La résolution de boycottage du préparlement, soutenue par une moitié des membres du Comité central contre l’autre moitié, disait : « La question de la participation de notre parti au préparlernent, nous la mettons actuellement en directe dépendance des mesures que prendra le Congrès panrusse des soviets pour créer un pouvoir révo-lutionnaire. »
 L’appel au Congrès des soviets apparaît dans tous les documents bolchevistes de cette période presque sans exception.

Le 8 octobre, Lénine s’adresse aux délégués bolchevistes du prochain Congrès régional du Nord : « On ne peut attendre le Congrès panrusse des soviets, que le Comité exécutif central est capable de différer jusqu’à novembre, on ne peut sur-seoir, tout en permettant à Kérensky d’amener encore des troupes kornilovien-nes. » Le Congrès régional, où sont représentés la Finlande, la flotte et Reval, doit prendre l’initiative « d’un mouvement immédiat sur Piter ». L’appel direct à une insurrection immédiate est adressé cette fois-ci aux représentants de dizaines de soviets. L’appel vient de Lénine en personne : il n’y a pas de décisions du parti, la plus haute instance du parti ne s’est pas encore prononcée.
(...)

p 483
Le Congrès du Nord s’ouvrit le jour même de la séance du Comité central et devait se terminer dans deux ou trois jours. Lénine considérait comme la tâche des tout prochains jours « l’engagement d’une action résolue », On ne peut attendre. On ne peut différer. Sur le front — nous l’avons entendu de Sverdlov — on pré-pare un coup d’État. Y aura-t-il un congrès des soviets ? On n’en sait rien. Il faut prendre le pouvoir immédiatement, sans attendre aucun congrès. « Intraduisible, inexprimable — écrivait Trotsky quelques années après — resta l’esprit général de ces improvisations opiniâtres et passionnées, pénétrées du désir de transmettre aux objecteurs, aux hésitants, aux incertains, sa pensée, sa volonté, son assurance, son courage… »
p. 492
En somme, le témoignage de la logique clôt la question. Mais on ne manque pas de preuves complémentaires. Lénine proposa avec insistance, et à plusieurs reprises, d’utiliser le Congrès régional des Soviets du Nord pour engager les opé-rations militaires. La résolution du Comité central adopta cette idée. Mais le Congrès régional, qui s’était ouvert le 10, devait se clore justement avant le 15.

p.494
Trotsky était absent de la séance : à ces heures mêmes, il faisait adopter par le Soviet le statut du Comité militaire révolutionnaire, Mais le point de vue qui s’était définitivement établi à Smolny pendant les derniers jours était défendu par Krylenko, qui venait de mener, coude à coude avec Trotsky et Antonov-Ovséenko, le Congrès régional des soviets du Nord. Krylenko pensait que, sans aucun doute, « l’eau avait suffisamment bouilli » ; rapporter la résolution sur le
Léon Trotsky, Histoire de la Révolution russe. 2- Octobre [1932] (1967) 494
soulèvement « serait la plus grave erreur ». Il est toutefois en désaccord avec Lé-nine « sur la question de savoir qui commencera et comment commencer ». Il n’est pas encore rationnel pour l’instant de fixer nettement le jour de l’insurrection. « Mais la question de l’évacuation des troupes est justement le mo-tif qui provoquera la bataille… Le fait d’une offensive contre nous existe ainsi et l’on peut l’utiliser… Il n’est pas utile de s’inquiéter de savoir qui commencera, car c’est déjà commencé. » Krylenko exposait et préconisait la politique qui ser-vait de base au Comité militaire révolutionnaire et à la Conférence de la garnison. L’insurrection se développa ensuite précisément dans cette voie.

p 530
Le Congrès régional des soviets du Nord, dont l’initiative appartenait aussi, vraisemblablement, à la flotte de la Baltique, groupa les soviets des garni-sons les plus proches de Petrograd dans un cercle si large qu’il engloba d’une part Moscou et de l’autre Arkhangelsk. « Par ce moyen écrit Antonov — se réalisait l’idée de blinder la capitale de la révolution contre des attaques possibles des troupes de Kérensky. » Smilga, du Congrès, revint à Helsingfors pour préparer un détachement spécial de marine, d’infanterie, d’artillerie, destiné à être expédié à Petrograd au premier signal. L’aile finlandaise de l’insurrection de Petrograd était des mieux garantie. De là, on pouvait attendre, non point un coup, mais une aide sérieuse.
Mais sur d’autres secteurs du front aussi, l’affaire marchait tout à fait bien, en tout cas bien mieux que ne se le représentaient les plus optimistes des bolcheviks. Dans le courant d’octobre, il y eut dans l’armée de nouvelles élections de comités, partout avec un changement marqué dans le sens des bolcheviks. Dans le corps cantonné sous Dvinsk, « les vieux soldats raisonnables » se trouvèrent tous black-
Léon Trotsky, Histoire de la Révolution russe. 2- Octobre [1932] (1967) 531
boulés aux élections pour les comités de régiment et de compagnie ; leurs places furent occupées par « de sombres et ignares sujets… aux yeux irrités, étincelants, aux gueules de loups ». Sur d’autres secteurs, il en fut de même. « Partout ont lieu de nouvelles élections de comités et partout sont élus seulement des bolcheviks et des défaitistes. »


p.447
La décision de créer un Comité militaire révolutionnaire, prise pour la première fois le 9, ne passa par le plenum du Soviet qu’une semaine plus tard : le Soviet n’est pas le parti, sa machine est lourde à mettre en branle. Il fallut encore quatre jours pour former le Comité. Cette dizaine de jours, cependant, ne fut pas perdue : on s’occupait activement de conquérir la garnison, la conférence des comités de régiment eut le temps de prouver sa vitalité, l’armement des ouvriers se poursui-vit, de sorte que le Comité militaire révolutionnaire, entamant le travail seulement le 20, cinq jours avant l’insurrection, eut immédiatement en main des moyens d’agir suffisamment agencés. Devant le boycottage des conciliateurs, le Comité ne se composa que de bolcheviks et de socialistes-révolutionnaires de gauche : cela facilita et simplifia la tâche. De tous les socialistes-révolutionnaires ne mili-tait que le seul Lasimir, qui fut même placé à la tête du Bureau pour mieux souli-gner le caractère d’origine soviétique et non de parti de l’institution. En réalité, le Comité, dont le président était Trotsky, avec, comme principaux militants, Podvoisky, Antonov-Ovséenko, Lachévitch, Sadovsky, Mékhonochine, s’appuyait exclusivement sur les bolcheviks. Le Comité ne se rassembla guère, même une fois au complet, avec la participation des représentants de toutes les institutions énumérées dans les statuts. Les affaires courantes étaient réglées par le Bureau sous la direction du président, et, dans tous les cas importants, l’on appelait Sver-dlov. C’était là l’état-major de l’insurrection.
(...)

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À la Conférence de la garnison du 21, consacrée à « la journée du Soviet » du lendemain, le rapporteur proposait une série de mesures préventives contre de possibles collisions dans la rue. Le 4e régiment de Cosaques, le plus à gauche, fit déclarer par son délégué qu’il ne prendrait point part à la procession. Le 14e régi-ment de Cosaques assura qu’il combattrait de toutes ses forces les attentats de la contre-révolution, mais, qu’en même temps il considérait comme « inopportun » un soulèvement pour la prise du pouvoir. Sur les trois régiments de Cosaques, un seul était absent, celui de l’Oural, le plus arriéré, qui avait été amené à Petrograd en juillet pour écraser les bolcheviks.
La Conférence prit, sur le rapport de Trotsky, trois brèves résolutions : 1° « La garnison de Petrograd et de la banlieue promet au Comité militaire révolutionnai-re de le soutenir entièrement dans toutes ses démarches… » 2° « La journée du 22 octobre sera celle d’un recensement pacifique des forces… La garnison s’adresse aux Cosaques : … Nous vous invitons à nos réunions de demain. La bienvenue à vous, frères Cosaques ! » ; 3° « Le Congrès panrusse des soviets doit prendre le pouvoir en main et assurer au peuple la paix, la terre et le pain. » La garnison promet solennellement de mettre toutes ses forces à la disposition du Congrès. « Comptez sur nous, représentants fondés de pouvoir des soldats, des ouvriers et des paysans. Nous sommes tous à nos postes, prêts à vaincre ou à mourir. » Dès centaines de mains se levèrent pour ces résolutions qui confirmaient le program-me de l’insurrection. Il y eut cinquante-sept abstentions : c’étaient « les neutres », c’est-à-dire les adversaires hésitants. Pas une main ne se leva contre. Le noeud se resserrait sûrement au cou du régime de Février.
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Dans le courant de la journée l’on sut déjà que les initiateurs mystérieux de la procession avaient renoncé à manifester ainsi « sur la proposition du commandant en chef de l’arrondissement ». Ce sérieux succès moral, qui mesurait mieux que tout la force de pression de la Conférence de la garnison, permettait d’espérer fermement que les ennemis, en général, n’oseraient pas se montrer le lendemain dans la rue.
Le Comité militaire révolutionnaire désigne à l’état-major de l’arrondissement trois commissaires : Sadovsky, Mékhonochine et Lasimir. Les ordres du com-mandant ne sont valables qu’après signature d’un des trois. Sur appel téléphoni-que de Smolny, l’état-major envoie pour la délégation une auto : les habitudes de la dualité de pouvoirs subsistent encore. Mais, contre toute attente, l’amabilité de l’état-major ne signifiait pas qu’il fût disposé à des concessions.
Ayant entendu la déclaration de Sadovsky, Polkovnikov répondit qu’il ne re-connaissait aucun commissaire et n’avait pas besoin d’une tutelle. La délégation ayant insinué que l’état-major risquait, dans cette voie, de rencontrer de la résis-tance du côté de la troupe, Polkovnikov répliqua sèchement qu’il avait la garnison dans la main et que la soumission de celle-ci était assurée. « Sa fermeté était sin-cère — écrit dans ses souvenirs Mékhonochine — on n’y sentait rien d’artificiel. » Pour revenir à l’Institut Smolny, les délégués n’eurent plus l’au-tomobile de l’état-major.
La Conférence extraordinaire, à laquelle furent appelés Trotsky et Sverdlov, prit une décision : reconnaître que la rupture avec l’état-major est un fait accompli et la considérer comme un point de départ pour une offensive ultérieure. Première condition de succès : les quartiers doivent être au courant de toutes les étapes et des épisodes de la lutte. Il ne faut pas permettre à l’adversaire de prendre les mas-ses à l’improviste. Par l’intermédiaire des soviets et des comités de quartier du parti, une information est expédiée dans tous les coins de la ville. Les régiments sont immédiatement avertis de ce qui s’est passé. Nouvelle confirmation : n’exécuter que les ordres qui auront été contresignés par les commissaires. On invite à désigner aux postes de garde las soldats les plus sûrs.
Mais l’état-major aussi avait décidé de prendre des mesures. A l’instigation, visiblement, des conciliateurs qui le conseillaient, Polkovnikov convoqua pour une heure de l’après-midi une conférence de la garnison, avec la participation des
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représentants du Comité exécutif central. Devançant l’adversaire, le Comité mili-taire révolutionnaire convoqua pour onze heures du matin une conférence extra-ordinaire des comités de régiment dans laquelle il fut décidé de régler formelle-ment la rupture avec l’État-major. Le manifeste, aussitôt élaboré, aux troupes de Petrograd et de la banlieue parlait le langage d’une déclaration de guerre. « Ayant rompu avec la garnison organisée de la capitale, l’État-major devient l’instrument direct des forces contre-révolutionnaires. » Le Comité militaire révolutionnaire décline toute responsabilité pour les actes de l’État-major et, se plaçant à la tête de la garnison, prend sur lui « le maintien de l’ordre révolutionnaire contre les atten-tats de la contre-révolution ».
C’était un pas décisif dans la voie de l’insurrection. Ou bien, peut-être, seule-ment un conflit de plus dans le mécanisme générateur de conflits de la dualité de pouvoirs ? C’est précisément ainsi que s’efforçait, pour se rassurer lui-même, d’interpréter ce qui s’était passé, l’État-major, après avoir consulté les représen-tants des effectifs qui n’avaient pas encore reçu en temps utile l’appel du Comité militaire révolutionnaire. Une délégation envoyée de Smolny, sous la direction du sous-lieutenant bolcheviste Dachkévitch, communiqua brièvement à l’état-major la décision de la Conférence de la garnison. Les peu nombreux représentants des troupes confirmèrent leur fidélité au Soviet et, refusant de formuler une motion, se dispersèrent. « Après un bref échange d’idées — communiqua par la suite la pres-se inspirée par l’état-major — aucune décision définitive ne fut prise ; il fut re-connu indispensable d’attendre la solution du conflit entre le Comité exécutif cen-tral et le Soviet de Petrograd. » L’état-major se figurait sa destitution comme une affaire de rivalité entre les instances soviétiques se disputant le droit de contrôler ses actes. La politique de l’aveuglement volontaire avait cet avantage qu’elle dis-pensait de déclarer à Smolny une guerre pour laquelle les dirigeants n’avaient pas assez de forces. Ainsi, le conflit révolutionnaire, déjà tout prêt à éclater, était ra-mené, avec le concours des organes gouvernementaux, dans les cadres légaux de la dualité de pouvoirs : craignant de regarder en face la réalité, l’État-major ne collaborait que plus sûrement au camouflage de l’insurrection.
La conduite étourdie des autorités n’était-elle point cependant une simple fa-çon de dissimuler leurs véritables intentions ? L’État-major ne se disposait-il pas, en prenant des apparences de naïveté bureaucratique, à porter au Comité militaire révolutionnaire un coup imprévu ? Pareil attentat venant de la part des organes
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éperdus et démoralisés du gouvernement provisoire était considéré à Smolny comme peu probable. Mais le Comité militaire révolutionnaire prit néanmoins les plus simples mesures de précaution : dans les casernes les plus proches montèrent la garde, jour et nuit, des compagnies, sous les armes, prêtes, au premier signal, à accourir au secours de Smolny.
Bien que la procession eût été décommandée, la presse bourgeoise annonçait pour le dimanche une effusion de sang. Un journal conciliateur déclarait dès le matin : « Aujourd’hui, les autorités s’attendent à une manifestation avec une plus grande vraisemblance que le 20 octobre dernier. » C’est ainsi que, pour la troi-sième fois, en une semaine, le 17, le 20 et le 22, le gamin vicieux trompait le peu-ple en criant « au loup ! au loup ! » A la quatrième fois, si l’on en croit la vieille fable, le gamin devait tomber sous les crocs du loup.
La presse des bolcheviks, en appelant les masses à se réunir, parlait d’un re-censement pacifique des forces révolutionnaires à la veille du Congrès des so-viets. Cela répondait tout à fait à la conception du Comité militaire révolutionnai-re : faire une revue gigantesque, sans collisions, sans employer les armes et même sans les brandir. Il fallait montrer à la base ce qu’elle était elle-même, et son nombre, et sa force, et sa résolution. Par l’unanimité de la multitude, il fallait for-cer les ennemis à se cacher, à disparaître, à ne pas se montrer. Par la démonstra-tion de l’impuissance de la bourgeoisie devant les formations de masse des ou-vriers et des soldats, il fallait effacer dans la conscience de ceux-ci les derniers souvenirs rétenteurs des Journées de Juillet. Il fallait arriver à ceci que les masses, se voyant elles-mêmes, se disent : personne et rien ne pourra plus nous résister.
« La population épouvantée — écrivait, cinq ans plus tard, Milioukov — gar-da le logis ou bien se tint à l’écart. » La bourgeoisie restait à la maison : elle était effectivement épouvantée par sa propre presse. Tout le reste de la population se rendit dès le matin aux réunions : jeunes et vieux, hommes et femmes, des adoles-cents et des mères avec leurs enfants sur les bras. De pareils meetings n’avaient jamais encore eu lieu pendant toute la période révolutionnaire. Tout Petrograd, exception faite des sommets, n’était plus qu’un immense meeting. Dans des salles archicombles, l’auditoire se renouvelait pendant des heures et des heures. Vague sur vague, des ouvriers, des soldats, des matelots déferlaient vers les édifices et les remplissaient. Il y eut un ébranlement dans le petit peuple citadin, réveillé par des gémissements et des avertissements qui devaient lui donner peur. Des dizaines
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de milliers de gens submergeaient l’énorme édifice de la Maison du Peuple, défer-laient dans les couloirs et, en masses compactes, exaltés, mais en même temps disciplinés, remplissaient les salles du théâtre, les corridors, buffets et foyers, sur les poteaux de fonte, et aux fenêtres, étaient suspendues des guirlandes, des grap-pes de têtes humaines, de jambes, de bras. Il y avait dans l’air cette charge d’électricité qui annonce un prochain éclat. A bas Kérensky ! A bas la guerre ! Le pouvoir aux soviets ! Pas un des conciliateurs n’osa se montrer devant ces foules ardentes pour leur opposer des objections ou des avertissements. La parole appar-tenait aux bolcheviks. Tous les orateurs du parti, y compris les délégués de pro-vince qui étaient arrivés pour le Congrès, avaient été mis sur pied. Çà et là, rare-ment, prenaient la parole des socialistes-révolutionnaires de gauche, parfois des anarchistes. Mais les uns et les autres s’efforçaient de se distinguer aussi peu que possible des bolcheviks.
Pendant des heures se tenaient là des gens des faubourgs, du sous-sol et des mansardes, en paletots rapiécés, coiffés de bonnets fourrés et de gros fichus, les chaussures toutes gonflées de la fange des rues, des toussaillements de l’automne arrêtés dans la gorge, pressés épaule contre épaule, se serrant de plus en plus pour donner place à d’autres, pour donner place à tous, et ils écoutaient sans lassitude, avidement, passionnément, réclamant, craignant de laisser échapper ce qu’il était le plus nécessaire de comprendre, de s’assimiler et de faire. Il semblait que, dans les derniers mois, dans les dernières semaines, dans les tout derniers jours, toutes les paroles eussent été dites. Mais non, elles ont aujourd’hui un autre son. Les masses les ressentent d’une façon nouvelle, non plus comme un prêche, mais comme une obligation d’agir. L’expérience de la révolution, de la guerre, de la dure lutte, de toute une amère vie, remonte des profondeurs de la mémoire de tout homme écrasé par le besoin et se fixe dans ces mots d’ordres simples et impé-rieux. Cela ne peut continuer ainsi, il faut ouvrir une brèche vers l’avenir.
Vers cette journée simple et stupéfiante qui se détachait nettement sur le fond non point pâle déjà de la révolution, les regards de chacun des militants se retour-nèrent dans la suite. L’image d’une lave humaine inspirée et contenue dans son mouvement indomptable se grava pour toujours dans le souvenir des témoins ocu-laires. « La journée du soviet de Petrograd — écrit le socialiste-révolutionnaire de gauche Mstislavsky — se passa en innombrables meetings où l’enthousiasme était formidable. » Le bolchevik Pestkovsky, qui avait pris la parole dans deux usines
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de Vassilievsky-Ostrov, témoigne : « Nous parlions clairement à la masse de la prochaine prise du pouvoir par nous et nous n’avons entendu que des approba-tions. » « Autour de moi — raconte Soukhanov, au sujet du meeting à la Maison du Peuple — l’ambiance était proche de l’extase… Trotsky formulait une brève résolution générale… Qui vote pour ?… Une foule de milliers de personnes, comme un seul homme, leva les bras. Je vis les bras dressés et les yeux enflam-més des hommes, des femme, des jeunesses, des ouvriers, des soldats, des mou-jiks et de personnages typiquement petits-bourgeois… Trotsky continuait à parler. L’innombrable foule continuait à tenir les bras en l’air. Trotsky scandait les mots : votre vote, qu’il soit votre serment… L’innombrable foule tenait les bras en l’air. Elle était d’accord, elle jurait. » Le bolchevik Popov relate quel serment enthou-siaste fut apporté aux masses : « Foncer au premier appel du soviet. » Mstislavsky parle d’une foule électrisée qui jurait fidélité aux soviets. Le même tableau, bien qu’en de moindres proportions, se reproduisait dans toutes les parties de la ville, au centre et dans les faubourgs. Des centaines de milliers de personnes, simulta-nément et aux mêmes heures, levaient la main et juraient de mener la lutte jus-qu’au bout.
Si les séances quotidiennes du Soviet, de la Section des soldats, de la Confé-rence de la garnison, des comités de fabrique et d’usine faisaient la soudure inter-ne d’une large couche de dirigeants ; si certaines assemblées de masses groupaient les usines et les régiments, la journée du 22 octobre fondit à haute température, dans une seule chaudière géante, les authentiques masses populaires. Les masses se reconnurent elles-mêmes et virent leurs chefs, les leaders virent et entendirent les masses. Des deux côtés, l’on resta réciproquement satisfait. Les leaders étaient persuadés : on ne peut remettre à plus tard ! Les masses se dirent : cette fois-ci, ce sera fait !
La réussite de la revue des forces bolchevistes, le dimanche, diminua la pré-somption de Polnikov et de son haut commandement. D’accord avec le gouver-nement et avec le Comité exécutif central, l’État-major tenta de s’entendre avec Smolny. Pourquoi donc, en effet, ne pas rétablir les bonnes vieilles habitudes amicales du contact et de la conciliation ? Le Comité militaire révolutionnaire ne refusa pas de déléguer des représentants pour un échange d’idées : on ne pouvait désirer meilleur moyen de reconnaissance. « Les pourparlers furent brefs — écrit Sadovsky dans ses Mémoires. Les représentants de l’arrondissement militaire
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acceptaient toutes les conditions formulées auparavant par le soviet… en échange de quoi devait être annulée l’ordonnance du Comité militaire révolutionnaire du 22 octobre. » Il s’agissait d’un document qui déclarait l’État-major instrument des forces contre-révolutionnaires. Les mêmes délégués du Comité que Polkovnikov avait si impoliment renvoyés chez eux deux jours auparavant, exigèrent et reçu-rent en propres mains, pour un rapport à Smolny, un projet de convention signé par l’État-major. Le samedi, ces clauses de capitulation à demi honorable eussent été acceptées. Mais aujourd’hui, le lundi, elles venaient trop tard. L’état-major attendait une réponse, mais ne la reçut pas.
Le Comité militaire révolutionnaire s’adressa à la population de Petrograd, l’informant de la nomination de commissaires auprès des troupes et sur les points les plus importants de la capitale et de la banlieue. « Les commissaires, en tant que représentants du soviet, jouissent de l’immunité. Toute résistance aux com-missaires est une résistance au soviet des députés ouvriers et soldats. » Les ci-toyens sont invités à s’adresser, en cas de désordres, aux plus proches commissai-res pour appeler des forces armées. C’est le langage du pouvoir. Mais le Comité ne donne pas encore le signal de l’insurrection ouverte, Soukhanov demande : « Smolny fait-il des bêtises, ou bien joue-t-il avec le palais d’Hiver comme le chat avec la souris, provoquant une attaque ? » Ni l’un ni l’autre. Par la pression des masses, avec le poids de la garnison, le Comité évince le gouvernement. Il prend sans coup férir ce qu’il peut prendre. Il porte en avant ses positions sans tirer un coup de fusil, massant et consolidant en marche son armée ; il mesure par sa pres-sion la force de résistance de l’ennemi qu’il ne perd pas un seul instant des yeux. Chaque nouveau pas en avant modifie les dispositions en faveur de Smolny. Les ouvriers et la garnison se haussent dans l’insurrection. Le premier qui appellera aux armes se trouvera dans la marche de l’offensive et du refoulement. Mainte-nant, c’est déjà une question d’heures. Si, à la dernière minute, le gouvernement trouve l’audace ou le désespoir de donner le signal de la bataille, la responsabilité retombera sur le palais d’Hiver, mais l’initiative n’en restera pas moins à Smolny. L’acte du 23 octobre signifiait le renversement des autorités avant même que fût renversé le gouvernement lui-même. Le Comité militaire révolutionnaire liait le régime ennemi par les extrémités avant de le frapper à la tête. L’application de cette tactique « de pénétration pacifique », consistant à briser légalement l’ossature de l’ennemi et à paralyser par l’hypnose ce qui subsistait en lui de vo-
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lonté, ne se pouvait qu’avec l’indubitable prépondérance de forces dont disposait le Comité et qui continuait à s’accroître d’heure en heure.
Le Comité consultait quotidiennement la carte largement ouverte devant lui de la garnison, prenait la température de chaque régiment, suivait les fluctuations d’opinion et de sympathie qui se manifestaient dans les casernes. Rien d’inattendu ne pouvait se produire de ce côté-là. Sur la carte, il restait cependant quelques taches sombres. Il fallait essayer de les éliminer ou, du moins, de les réduire. Dès le 19, il se trouva que la majorité des comités de la forteresse Pierre-et-Paul était dans des dispositions malveillantes ou équivoques. Maintenant que toute la garni-son tient pour le Comité et que la forteresse est encerclée, du moins au point de vue politique, il est temps de s’en emparer résolument. Le lieutenant Blagonra-vov, nommé commissaire, rencontra de la résistance : le commandant de la forte-resse, préposé par le gouvernement, refusait de reconnaître la tutelle bolcheviste, et même — d’après certains bruits — se vantait d’arrêter le jeune tuteur. Il fallait agir, et immédiatement. Antonov proposa d’introduire dans la forteresse un batail-lon sûr du régiment Pavlovsky et de désarmer les effectifs hostiles. Mais c’eût été une opération trop grave dont les officiers auraient pu profiter pour provoquer une effusion de sang et détruire l’unanimité de la garnison. Est-il effectivement néces-saire d’en venir à une mesure si extrême ? « Pour discuter cette question, l’on appela Trotsky… — raconte Antonov dans ses Souvenirs. Trotsky joua alors un rôle décisif ; avec son flair révolutionnaire, il comprit ce qu’il avait à nous conseiller : il proposa de prendre cette forteresse de l’intérieur. « Il ne peut se faire, dit-il que les troupes, là-bas, ne sympathisent pas avec nous », — et il se trouva qu’il avait raison. Trotsky et Lachévitch se rendirent au meeting dans la forteresse. « A Smolny, l’on attendait avec une grosse émotion les résultats d’une entreprise qui semblait risquée. Trotsky évoqua ces choses dans la suite : « Le 23, je me rendis à la forteresse vers deux heures de l’après-midi. Il y avait un meeting dans la cour. Les orateurs de l’aile droite étaient au plus haut degré circonspects et évasifs… On nous écoutait, on nous suivait. » Au troisième étage de Smolny, l’on poussa un gros soupir de soulagement quand le téléphone annonça la joyeuse nouvelle : la garnison pétropauline s’était solennellement engagée à n’obéir dé-sormais qu’au Comité militaire révolutionnaire.
Le revirement dans la conscience des effectifs de la forteresse n’était point, cela s’entend, le résultat d’un ou de deux discours. Il était solidement préparé par
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le passé. Les soldats se trouvèrent beaucoup plus à gauche que leurs comités. Il ne restait que l’écorce toute gercée de la vieille discipline, qui avait subsisté derrière les remparts plus longtemps que dans les casernes de la ville. Mais il suffit d’une secousse pour qu’elle tombât en morceaux.
Blagonravov pouvait maintenant s’installer avec plus d’assurance dans la for-teresse, disposer son petit état-major, établir la liaison avec le Soviet bolcheviste du rayon voisin et avec les comités des casernes les plus proches. Entre temps, des délégations des usines et des formations militaires viennent demander qu’on leur délivre des armes. Dans la forteresse règne alors une animation indescriptible. « Le téléphone crépite sans arrêt et apporte des nouvelles de nos nouveaux succès dans les réunions et les meetings. » Parfois, une voix inconnue informe de l’arrivée en gare de détachements punitifs du front. Une vérification immédiate démontre que ce sont là des mensonges mis en circulation par l’ennemi.
La séance du soir, au Soviet, se distingue, ce jour-là, par une exceptionnelle affluence et par un certain entrain tout particulier. L’occupation de la forteresse Pierre-et-Paul et la prise définitive de l’arsenal de Kronwerk, où sont déposés cent mille fusils, c’est une sérieuse garantie de succès. Au nom du Comité militaire révolutionnaire, Antonov fait un rapport. A traits successifs, il dessine le tableau de l’évincement des organes gouvernementaux par les agents du Comité militaire révolutionnaire : ceux-ci sont partout accueillis comme des hommes de confian-ce ; on leur obéit non par peur, mais consciemment. « De tous côtés l’on réclame la nomination de commissaires. » Les contingents arriérés se hâtent de prendre le pas des plus avancés. Le régiment Préobrajensky qui, en juillet, avait été le pre-mier à prêter l’oreille à la calomnie au sujet de l’or allemand, formulait mainte-nant, par l’intermédiaire de son commissaire Tchoudnovsky, une violente protes-tation contre les rumeurs d’après lesquelles le régiment tiendrait pour les gouver-nants : pareille idée est considérée comme la dernière injure !… Il est vrai que la garde est montée comme d’habitude — raconte Antonov — mais du consente-ment du Comité. Les ordres de l’état-major au sujet de la livraison d’armes et d’automobiles ne furent pas exécutés. L’état-major eut ainsi l’entière possibilité de voir qui était le maître de la capitale.
On demande au rapporteur si le Comité est renseigné sur le mouvement des troupes gouvernementales du front et des environs et quelles sont les mesures prises pour y parer ; le rapporteur répond : du front roumain l’on a fait venir des
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contingents de cavalerie, mais ils sont retenus à Pskov ; la 17e division d’infanterie, ayant appris en cours de route à quelle destination et dans quel but on la faisait marcher, refusa d’aller plus loin ; à Wenden, deux régiments regimbèrent à marcher sur Petrograd ; reste encore inconnu le sort des Cosaques et des junkers que l’on aurait, paraît-il, expédiés de Kiev, et des troupes de choc appelées de Tsarskoié-Sélo. « On n’ose pas et on n’osera pas toucher au Comité militaire ré-volutionnaire. » Ces paroles ne sonnent pas trop mal dans la blanche salle de Smolny.
Le rapport d’Antonov donne à la lecture cette impression que l’État-major de l’insurrection aurait travaillé toutes portes ouvertes. Effectivement : Smolny n’a déjà presque plus rien à cacher. La conjoncture politique de l’insurrection est si favorable que la franchise même devient une sorte de camouflage : est-ce ainsi que l’on fait un soulèvement ? Le mot « soulèvement », cependant, n’est pronon-cé par aucun des dirigeants. Non seulement par forme de prudence, mais parce que le terme ne correspond point à la situation réelle : on dirait que c’est au gou-vernement de Kérensky de se soulever. Dans un compte rendu des Izvestia il est dit, il est vrai, que Trotsky, à la séance du 23, avait pour la première fois reconnu ouvertement, comme but du Comité militaire révolutionnaire, la prise du pouvoir. Sans aucun doute, du point de départ où l’on déclarait comme tâche du Comité la vérification des arguments stratégiques de Tchérémissov, tous s’étaient déjà fort éloignés. L’évacuation des régiments était déjà presque oubliée. Mais, le 23, il s’agissait, tout de même, non du soulèvement, mais de la « défense » du prochain Congrès des soviets, au besoin avec les armes à la main. C’est précisément dans cet esprit que fut formulée la résolution sur le rapport d’Antonov.
Comment appréciait-on les événements en cours dans les hautes sphères gou-vernementales ? Faisant connaître par fil direct, dans la nuit du 21 au 22, au chef d’état-major du Grand Quartier Général, Doukhonine, les tentatives du Comité militaire révolutionnaire pour détacher les régiments du commandement, Kérens-ky ajoute : « Je pense que nous arrangerons cela facilement. » Son arrivée à lui, généralissime, au Grand Quartier Général, n’est nullement retardée par des appré-hensions devant des soulèvements quelconques : « On s’en tirerait même sans moi, vu que tout est organisé. » Aux ministres alarmés, Kérensky déclare d’une façon rassurante que lui, personnellement, est au contraire très heureux de voir venir le soulèvement, étant donné que cela lui donnera la possibilité « d’en finir
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une fois pour toutes avec les bolcheviks ». « Je serais tout disposé à un service religieux d’action de grâces — répond le chef du gouvernement au cadet Nabokov qui fréquentait le palais d’Hiver — si cette manifestation avait lieu. » — « Mais êtes-vous sûr de pouvoir la réprimer ? » — « J’ai plus de forces qu’il ne m’en faut — ils seront écrasés définitivement. »
Raillant par la suite l’optimisme étourdi de Kérensky, les cadets tombaient évidemment dans l’amnésie : en réalité, Kérensky considérait les événements d’après leur propre point de vue. Le 21, le journal de Milioukov écrivait que, si les bolcheviks, rongés par une profonde crise intérieure, osaient manifester, ils seraient écrasés sur place et sans peine. Un autre journal cadet ajoutait : « Il y a de l’orage dans l’air, mais peut-être purifiera-t-il l’atmosphère. » Dan témoigne que, dans les couloirs du préparlement, les cadets et les groupes qui leur étaient pro-ches rêvaient tout haut de voir les bolcheviks manifester le plus tôt possible : « En bataille rangée, ils seront immédiatement battus à plate couture. » Des cadets de marque disaient à John Reed : écrasés dans un soulèvement, les bolcheviks ne pourront plus relever la tête à l’Assemblée constituante.
Au cours du 22 et du 23, Kérensky consultait tantôt les leaders du Comité exé-cutif central, tantôt son état-major : ne convenait-il pas de mettre en état d’arrestation le Comité militaire révolutionnaire ? Les conciliateurs n’étaient pas de cet avis : eux-mêmes essaieraient de régler la question des commissaires. Pol-kovnikov estimait aussi qu’il n’y avait pas de raison de se presser pour les arresta-tions : des forces militaires, en cas de besoin, on en avait « plus que le nécessai-re ». Kérensky prêtait l’oreille à Polkovnikov, mais encore plus aux amis concilia-teurs. Il espérait fermement qu’en cas de danger, le Comité exécutif central, mal-gré des malentendus de famille, viendrait au moment voulu à l’aide : il en avait été ainsi en juillet et en août ; pourquoi ne pas continuer ?
Mais on n’était plus en juillet, ni en août. On était en octobre. Sur les places et les quais de Petrograd soufflaient, du côté de Cronstadt, les vents froids et humi-des de la Baltique. Dans les rues défilaient, chantant des airs de bravoure qui étouffaient l’anxiété, les junkers avec leurs capotes tombant jusqu’aux talons. Des miliciens à cheval paradaient, avec des revolvers dans des étuis tout neufs. Non, le pouvoir avait encore un air assez imposant ! Ou bien ce n’était peut-être qu’une illusion d’optique ? Au coin de la Perspective Nevsky, John Reed, américain aux yeux naïfs et sagaces, achetait une brochure de Lénine : Les Bolcheviks garde-
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ront-ils le pouvoir ? la payant en timbres-poste qui circulaient alors comme petite monnaie.




L'ANNEE 1917 en CALENDRIER



Bravo à Collection « Les auteur(e)s classiques »
Léon Trotsky (1879-1940)



Histoire de la Révolution russe.2. Octobre. [1932] (1967)
La table des matières du livrePréface de Léon Trotsky
Une édition électronique réalisée à partir du livre de Léon Trotsky, HISTOIRE DE LA RÉVOLUTION RUSSE. 2. OCTOBRE. Traduit du Russe par Maurice Parijanine. Paris: Les Éditions du Seuil, 1967, 768 pp. Collection Politique. Une édition numérique réalisée par Claude Ovtcharenko, bénévole, journaliste à la retraite, France.


Léon Trotsky (1879-1940)
[1932] (1967) 
Histoire de 
la Révolution russe 
2- Octobre 
Traduit du russe par Maurice Parijanine.
Un document produit en version numérique par Claude Ovtcharenko, bénévole, 
Journaliste à la retraite près de Bordeaux, à 40 km de Périgueux 
Courriel: c.ovt@wanadoo.fr 
Dans le cadre de la collection: "Les classiques des sciences sociales" 
Site web: http://classiques.uqac.ca/ 
Une collection développée en collaboration avec la Bibliothèque 
Paul-Émile-Boulet de l'Université du Québec à Chicoutimi 
Site web: http://bibliotheque.uqac.ca/

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