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mercredi 9 mars 2011

La Journée Internationale de la Femme 1917, le dernier flocon de l'avalanche, la dernière goutte qui fait déborder le vase, le suicide de Sidi Bouzid et la Révolution de Février 1917 racontée par Léon Trotsky et Maurice Paléologue. (1/3)

par Yanick Toutain
9/3/2011
"En fait, il est donc établi que la Révolution de Février fut déclenchée par les éléments de la base qui surmontèrent l'opposition de leurs propres organisations révolutionnaires et que l'initiative fut spontanément prise par un contingent du prolétariat exploité et opprimé plus que tous les autres – les travailleuses du textile, au nombre desquelles, doit-on penser, l'on devait compter pas mal de femmes de soldats. La dernière impulsion vint des interminables séances d'attente aux portes des boulangeries. Le nombre des grévistes, femmes et hommes, fut, ce jour-là, d'environ 90 000. Les dispositions combatives se traduisirent en manifestations, meetings, collisions avec la police."
(Lev Davidovitch Bronstein-Léon Trostky « 
Histoire de la Révolution Russe » L'édition utilisée est celle du site Marxists.org)

La « Journée Internationale de la Femme » de 1917 fut le commencement de la Révolution de Février.

Il existe des imbéciles pour croire – au 21° siècle ! - que des sacrifices humains pourraient être les déclencheurs des révolutions.
Le scientifique – sérieux, donc – sait que la quasi-concomitance de deux événements ne signifie pas que l'un est la cause de l'autre. Il sait donc que la reproduction du premier événement n'aura pas comme conséquence la ré-apparition du second.
Les Algériens naïfs et désespérés qui, par dizaines, ont cru donner le signal de la Seconde Révolution Algérienne et le renversement de Bouteflika par leur suicide par le feu étaient juste des naïfs et des désespérés. Leur acte – et leur mort pour certains – n'ont eu aucune conséquence.
Leur suicide n'eut aucune conséquence historique. Leur acte fut dépourvu de toute « productivité historique ».
Ils furent victimes de leur désespoir et de pseudo-philosophie obscurantistes.

De la même façon, il a pu exister, à partir de l'année 1918 et depuis un siècle, des naïfs qui se seraient imaginés que des défilés féministes dans les rues pourraient être le signal du déclenchement de nouvelle révolution à l'imitation de celle de Février 1917.
Aucune nouvelle « Journée de la Femme » n'a plus jamais été le signal de départ d'aucune nouvelle journée initiatrice de révolutions.
Le suicide de Sidi Bouzid n'a été le signal déclencheur de la Révolution Tunisienne que dans l'imagination d'obscurantistes partisans de la théorie du papillon.
La dernière goutte qui fait déborder le vase n'est qu'une goutte parmi d'autres, le dernier flocon qui déclenche l'avalanche n'a aucune particularité – à part celle d'être le dernier.
Si l'on accumule un tas de poudre gigantesque, point ne sera besoin d'une étincelle exogène, extérieure à ce tas : la gravité jouera elle-même le rôle d'accumulation de chaleur et donc d'étincelle. En effet, la gravité en tant que chocs successifs des atomes composant la poudre sur les atomes situés plus bas augmentera inéluctablement la température du tas.
L'explosion sera inéluctable.
A l'opposé de cela, l'appel du Rassemblement pour la Culture et la Démocratie (RCD d'Algérie) a se rassembler contre Bouteflika n'a pas « mis le feu à la prairie ».
Saïd Saadi et ses amis se sont fait matraqué. Le cartel CNCD regroupant le RCD et d'autres organisations a eu un acte courageux de défi public à la mafia des généraux. Mais sans déclencher de révolution.
De la même façon, n'ont eu aucun effet révolutionnaire les rassemblements appelés par le patriote panafricain Mboua Massock au Cameroun. Cet appel rejoint par le CODE de la diaspora a vu les manifestants se faire matraquer par la police fasciste compradore de Paul Biya – le larbin qui vend son peuple à l'esclavois Vincent Bolloré.
Et c'est tout.
Point de déclenchement d'un processus révolutionnaire.

Et d'ailleurs, est-ce réellement la « Journée Internationale de la Femme » qui fut le « déclencheur » de cette Révolution de Février ?
Wikipédia donne un intéressant résumé des premiers jours de cette révolution anti-tsariste.
Le mois de février 1917 rassemble toutes les caractéristiques pour une révolte populaire : hiver rude, pénurie alimentaire, lassitude face à la guerre… Tout commence lors de grèves spontanées, début février, des ouvriers des usines de la capitale Petrograd (nouveau nom que Saint-Pétersbourg a pris au début du conflit). Le 23 février (8 mars du calendrier moderne[14]), pour la journée internationale des femmes, des femmes de Petrograd manifestent pour réclamer du pain. Leur action est soutenue par la main-d’œuvre industrielle, qui trouve là une raison de prolonger la grève. Ce premier jour, malgré quelques confrontations avec les forces de l’ordre, ne fait aucune victime.
Les jours suivants, les grèves se généralisent dans tout Petrograd et la tension monte. Les slogans, jusque-là plutôt discrets, se politisent : « À bas la guerre ! », « À bas l’autocratie ! »[15]. Cette fois, les affrontements avec la police font des victimes des deux côtés[16]. Les manifestants s’arment en pillant les postes de police. Après trois jours de manifestations, le Tsar mobilise les troupes de la garnison de la ville pour mater la rébellion. Les soldats résistent aux premières tentatives de fraternisation et tuent de nombreux manifestants. Toutefois, la nuit, une partie de la troupe rejoint progressivement le camp des insurgés, qui peuvent ainsi s’armer plus convenablement. Entre-temps, le tsar, désemparé, n’ayant plus les moyens de gouverner, dissout la Douma et nomme un comité provisoire.
Tous les régiments de la garnison de Petrograd se joignent aux révoltés. C’est le triomphe de la révolution. Sous la pression de l’état-major, le tsar Nicolas II abdique le 2 mars. « Il se démit de l’empire comme un commandant d’un escadron de cavalerie[17] ». Son frère, le grand-duc Mikhaïl Alexandrovich Romanov, refuse presque aussitôt la couronne. C’est de fait la fin du tsarisme, et les premières élections au soviet des ouvriers de Petrograd. Le premier épisode de la révolution a fait tout de même plus d’une centaine de victimes, en majorité parmi les manifestants[18]. Mais la chute rapide et inattendue du régime, à un coût plutôt limité, suscite dans le pays une vague d’enthousiasme et de libéralisation.
Pour Trotsky ce furent ces 5 journées révolutionnaires qui sont l'objet du chapitre sept de son ouvrage historique Histoire de la Révolution Russe.
Il intitule son chapitre « 7 Cinq journées : du 23 au 27 février 1917 »
Pour l'ambassadeur de France auprès du Tsar, Maurice Paléologue, ce sont six pages de son « Journal ». (« L'écroulement du tsarisme » Flammarion )
Il n'est pas assuré qu'elles soient authentiques et écrites le soir même. Mais elles sont un excellent témoignage depuis le côté adverse.
Le lecteur intéressé trouvera dans le reste de ce livre un extraordinaire témoignage vécu de la façon dont la France et la Grande-Bretagne manipulaient le Tsar et son Etat féodal dans l'intérêt à la fois de l'esclavoisie et de l'impérialisme franco-britannique dans sa guerre contre l'Empire Austro-Allemand.
Les titres, les introductions de chaque jour et les gras dans le texte le sont par YT
La journée du mardi 6 mars 1917 (23 février calendrier russe)
Maurice Paléologue :
Pétrograd manque de pain et de bois ; le peuple souffre.
Ce matin, devant une boulangerie de la Liteïny, j'étais frappé de l'expression mauvaise que je lisais sur les figures de tous les pauvres gens qui faisaient la queue et dont la plupart avaient passé là toute la nuit.
La journée du jeudi 8 mars 1917 (23 février calendrier russe)
Maurice Paléologue :
Toute la journée, il y a eu de l’effervescence à Pétrograd... Des cortèges populaires parcouraient les grandes avenues. Sur plusieurs points, la foule a crié : « Du pain et la paix ! » Sur d'autres, elle a entonné la Marseillaise Ouvrière. Quelques bagarres se sont produites à la Perspective Newsky.
Malgré le vent d'émeute qui souffle dans la capitale, l'empereur qui vient de passer deux mois à Tsarskoïé-Sélo est parti ce soir pour le grand quartier général.
Léon Trotsky :
Le 23 février, c'était la " Journée internationale des Femmes ". On projetait, dans les cercles de la social-démocratie, de donner à ce jour sa signification par les moyens d'usage courant : réunions, discours, tracts. La veille encore, il ne serait venu à la pensée de personne que cette " Journée des Femmes " pût inaugurer la révolution. Pas une organisation ne préconisa la grève pour ce jour-là. Bien plus, une organisation bolcheviste, et des plus combatives, le Comité du rayon essentiellement ouvrier de Vyborg, déconseillait toute grève. L'état d'esprit des masses d'après le témoignage de Kaïourov, un des chefs ouvriers du rayon, était très tendu et chaque grève menaçait de tourner en collision ouverte. Mais comme le Comité estimait que le moment d'ouvrir les hostilités n'était pas encore venu – le parti n'étant pas encore assez fort et la liaison entre ouvriers et soldats étant trop insuffisante – il avait donc décidé de ne point faire appel à la grève, mais de se préparer à l'action révolutionnaire pour une date indéterminée. Telle fut la ligne de conduite préconisée par le Comité à la veille du 23, et il semblait que tous l'eussent adoptée. Mais le lendemain matin, en dépit de toutes les directives, les ouvrières du textile quittèrent le travail dans plusieurs fabriques et envoyèrent des déléguées aux métallos pour leur demander de soutenir la grève. C'est " à contrecœur ", écrit Kaïourov, que les bolcheviks marchèrent, suivis par les ouvriers mencheviks et socialistes-révolutionnaires. Mais du moment qu'il s'agissait d'une grève de masse, il fallait engager tout le monde à descendre dans la rue et prendre la tête du mouvement : telle fut la résolution que proposa Kaïourov, et le Comité de Vyborg se vit contraint de l'approuver. " L'idée d'une manifestation mûrissait depuis longtemps parmi les ouvriers, mais, à ce moment, personne ne se faisait encore une idée de ce qui en sortirait. "  Prenons bonne note de ce témoignage d'un participant, très important pour la compréhension du mécanisme des événements.
On croyait d'avance que, sans le moindre doute, en cas de manifestation, les troupes devraient sortir des casernes et seraient opposées aux ouvriers. Qu'allait-il se passer ? On est en temps de guerre, les autorités ne sont pas disposées à plaisanter. Mais, d'autre part, le soldat de la " réserve ", en ces jours-là, n'est déjà plus celui que, jadis, l'on a connu dans les cadres de l’" active "  . Est-il vraiment si redoutable ? A ce sujet, on raisonnait beaucoup dans les cercles révolutionnaires, mais plutôt abstraitement, car personne, absolument personne – on peut l'affirmer catégoriquement d'après tous les documents recueillis – ne pensait encore que la journée du 23 février marquerait le début d'une offensive décisive contre l'absolutisme. Il n'était question que d'une manifestation dont les perspectives restaient indéterminées et, en tout cas, fort limitées.
En fait, il est donc établi que la Révolution de Février fut déclenchée par les éléments de la base qui surmontèrent l'opposition de leurs propres organisations révolutionnaires et que l'initiative fut spontanément prise par un contingent du prolétariat exploité et opprimé plus que tous les autres – les travailleuses du textile, au nombre desquelles, doit-on penser, l'on devait compter pas mal de femmes de soldats. La dernière impulsion vint des interminables séances d'attente aux portes des boulangeries. Le nombre des grévistes, femmes et hommes, fut, ce jour-là, d'environ 90 000. Les dispositions combatives se traduisirent en manifestations, meetings, collisions avec la police. Le mouvement se développa d'abord dans le rayon de Vyborg, où se trouvent les grosses entreprises, et gagna ensuite le faubourg dit " de Pétersbourg ". Dans les autres parties de la ville, d'après les rapports de la Sûreté, il n'y eut ni grèves, ni manifestations. Ce jour-là, les forces de police furent complétées par des détachements de troupes, apparemment peu nombreux, mais il ne se produisit point de collisions. Une foule de femmes, qui n'étaient pas toutes des ouvrières, se dirigea vers la Douma municipale pour réclamer du pain. Autant demander du lait à un bouc. Dans divers quartiers apparurent des drapeaux rouges dont les inscriptions attestaient que les travailleurs exigeaient du pain, mais ne voulaient plus de l'autocratie ni de la guerre. La " Journée des femmes " avait réussi, elle avait été pleine d'entrain et n'avait pas causé de victimes. Mais de quoi elle était lourde, nul ne se doutait encore dans la soirée.
La journée du vendredi 9 MARS 1917 (24 février calendrier russe)
En ce deuxième jour, on voit la construction d'un lien de sympathie entre le peuple et une partie des forces répressives.
Maurice Paléologue :
L'agitation des milieux industriels a pris, ce matin, une forme violente. De nombreuses boulangeries ont été saccagées, particulièrement dans le quartier de Viborg et à Wassily-Ostrow. Sur plusieurs points de la capitale, les Cosaques ont chargé la foule et tué quelques ouvriers. 
Pokrowsky me confie son inquiétude :
« Je n'attacherais, à ces désordres, qu'une importance secondaire si mon cher collègue de l'Intérieur avait encore une lueur de raison. Mais qu'attendre d'un homme qui, depuis des semaines, a perdu tout sens des réalités et qui, chaque soir, délibère avec l'imbre de Raspoutine ? Cette nuit encore, il a passé des heures à évoquer le fantôme du staretz !

Léon Trotsky :
Le lendemain, le mouvement, loin de s'apaiser, est doublement en recrudescence : environ la moitié des ouvriers industriels de Pétrograd font grève le 24 février. Les travailleurs se présentent dés le matin dans leurs usines et, au lieu de se mettre au travail, ouvrent des meetings, après quoi ils se dirigent vers le centre de la ville. De nouveaux quartiers, de nouveaux groupes de la population sont entraînés dans le mouvement. Le mot d'ordre " Du pain " est écarté ou couvert par d'autres formules : " A bas l'autocratie ! " et " A bas la guerre ! " Les manifestations ne cessent pas sur la Perspective Nevsky : d'abord des masses compactes d'ouvriers chantant des hymnes révolutionnaires ; puis une multitude disparate de citadins, des casquettes bleues d'étudiants. "  Le public en promenade nous témoignait de la sympathie et, aux fenêtres de plusieurs hôpitaux, des soldats nous saluèrent en secouant en l'air ce qui leur tombait sous la main. " Étaient-ils nombreux ceux qui comprenaient la portée de ces gestes de sympathie de soldats malades à l'adresse des manifestants ? Cependant, les Cosaques attaquaient la foule, quoique sans brutalité ; leurs chevaux étaient couverts d'écume ; les manifestants se jetaient de côté et d'autre, puis reformaient des groupes serrés. Point de peur dans la multitude. Un bruit courait de bouche en bouche : " Les Cosaques ont promis de ne pas tirer. " De toute évidence, les ouvriers avaient réussi à s'entendre avec un certain nombre de Cosaques. Un peu plus tard, pourtant, des dragons survinrent, à moitié ivres, beuglant des injures et firent une percée dans la foule, frappant aux têtes à coups de lance. Les manifestants tinrent de toutes leurs forces, sans lâcher pied. "  Ils ne tireront pas. " Et, en effet, ils ne tirèrent pas.
Un sénateur libéral qui observa, dans les rues, des tramways immobilisés (mais cela ne se passait-il pas le lendemain ?), certains aux vitres cassées, quelques-uns couchés le long des rails, a évoqué les journées de juillet 1914, la veille de la guerre. " On croyait voir se renouveler la tentative de jadis. " Le sénateur voyait juste, il y avait à coup sûr un lien de continuité : l'histoire ramassait les bouts du fil révolutionnaire cassé par la guerre et les renouait.
Durant toute cette journée, les foules populaires ne firent que circuler de quartier en quartier, violemment pourchassées par la police, contenues et refoulées par la cavalerie et par certains détachements d'infanterie. On criait " A bas la police ! " mais, de plus en plus fréquemment, partaient des hourras à l'adresse des Cosaques. C'était significatif. La foule témoignait à la police une haine féroce. Les agents à cheval étaient accueillis par des sifflets, des pierres, des glaçons. Toute différente fut la prise de contact des ouvriers avec les soldats. Autour des casernes, auprès des sentinelles, des patrouilles et des cordons de barrage, des travailleurs et des travailleuses s'assemblaient, échangeant des paroles amicales avec la troupe. C'était une nouvelle étape due à la croissance de la grève et à la confrontation des ouvriers avec l'armée. Cette étape est inévitable dans toute révolution. Mais elle semble toujours inédite et, en effet, se présente chaque fois sous un nouvel aspect : ceux qui ont lu ou écrit à ce sujet ne se rendent pas compte de l'événement quand il se produit.
A la Douma d'Empire, on racontait, ce jour-là, qu'une formidable multitude de peuple couvrait toute la place Znamenskaïa, toute la Perspective Nevsky et toutes les rues avoisinantes, et que l'on constatait un phénomène absolument insolite : la foule, révolutionnaire, et non patriotique, acclamait les Cosaques et les régiments qui marchaient en musique. Comme un député demandait ce que cela signifiait, un passant, le premier venu, lui répondit : " Un policier a frappé une femme de sa nagaïka ; les Cosaques s'en sont mêlés et ont chassé la police. " Il se peut que les choses ne se soient pas passées ainsi, personne ne serait en mesure de vérifier. Mais la foule croyait que c'était bien ça, que la chose était possible. Croyance qui ne tombait pas du ciel, mais qui venait d'une expérience déjà faite et qui, par conséquent, devait être un gage de victoire.
Les ouvriers de l'usine Erikson, qui compte parmi les plus modernes du rayon de Vyborg, après s'être assemblés le matin, s'avancèrent en masse, au nombre de 2 500 hommes, sur la Perspective Sampsonovsky, et, dans un passage étroit, tombèrent sur des Cosaques. Poussant leurs chevaux, les officiers fendirent les premiers la foule. Derrière eux, sur toute la largeur de la chaussée, trottaient les Cosaques. Moment décisif ! Mais les cavaliers passèrent prudemment, en longue file, par le couloir que venaient de leur ouvrir leurs officiers. "  Certains d'entre eux souriaient, écrit Kaïourov, et l'un d'eux cligna de l'œil, en copain, du côté des ouvriers ". Il signifiait quelque chose, ce clin d’œil ! Les ouvriers s'étaient enhardis, dans un esprit de sympathie et non d'hostilité à l'égard des Cosaques qu'ils avaient légèrement contaminés. L'homme qui avait cligné de l'œil eut des imitateurs. En dépit des nouvelles tentatives des officiers, les Cosaques, sans contrevenir ouvertement à la discipline, ne pourchassèrent pas la foule avec trop d'insistance et passèrent seulement à travers elle. Ainsi en fut-il trois ou quatre fois et les deux partis opposés s'en trouvèrent encore rapprochés. Les Cosaques se mirent à répondre individuellement aux questions des ouvriers et même eurent avec eux de brefs entretiens. De la discipline, il ne restait que les apparences les plus minces, les plus ténues, avec le danger d'un déchirement imminent. Les officiers se hâtèrent d'éloigner leurs troupes de la foule et, renonçant à l'idée de disperser les ouvriers, disposèrent leurs troupes en barrage d'une rue pour empêcher les manifestants de gagner le centre. Et ce fut peine perdue : postés et montant la garde en tout bien tout honneur, les Cosaques ne s'opposèrent cependant pas aux " plongeons " que faisaient les ouvriers entre les jambes des chevaux. La révolution ne choisit pas ses voies à son gré : au début de sa marche à la victoire, elle passait sous le ventre d'un cheval cosaque. Épisode remarquable ! Remarquable aussi le coup d'œil du narrateur qui a fixé toutes ces péripéties. Rien d'étonnant, le conteur était un dirigeant, il avait derrière lui plus de deux mille hommes : l'œil du chef qui se tient en garde contre les nagaïkas ou les balles de l'ennemi est acéré.
Le revirement d'opinion dans l'armée semble s'être manifesté d'abord chez les Cosaques, perpétuels fauteurs de répression et d'expéditions punitives. Cela ne signifie pourtant pas que les Cosaques aient été plus révolutionnaires que les autres. Au contraire, ces solides propriétaires, montés sur leurs propres chevaux, jaloux des particularités de leur caste, traitant avec un certain dédain les simples paysans, défiants à l'égard des ouvriers, étaient fort pénétrés d'esprit conservateur. Mais c'est précisément à ce titre que les changements provoqués par la guerre semblèrent chez eux plus vivement accusés. Et, en outre, n'était-ce pas précisément eux que l'on tiraillait en tous sens, les envoyant constamment en expédition, les jetant contre le peuple, les énervant, et qui, les premiers, furent mis à l'épreuve ? Ils en avaient " marre ", ils voulaient rentrer dans leurs foyers et clignaient de l'œil : " Faites donc à votre aise, si vous en êtes capables ; nous ne vous gênerons pas. " Cependant, il n'y avait encore là que des symptômes, d'ailleurs très significatifs. L'armée est encore l'armée, liée par la discipline, et les fils conducteurs se trouvent encore aux mains de la monarchie. Les masses ouvrières sont dépourvues d'armes. Leurs dirigeants ne songent même pas encore à un dénouement décisif.
Ce jour-là, en conseil des ministres, l'ordre du jour comportait, entre autres questions, celle des troubles dans la capitale. La grève ? Des manifestations ? On en avait vu d'autres... Tout est prévu, des ordres sont donnés. On passe simplement à l'expédition des affaires courantes.
Mais quels étaient donc les ordres donnés ? Bien que, dans les journées du 23 et du 24, vingt-huit policiers eussent été assommés – séduisante exactitude de la statistique ! – le général Khabalov, chef de la région militaire de Pétrograd, investi de pouvoirs presque dictatoriaux, ne recourait pas encore à la fusillade. Non certes par bonté d’âme ! Mais tout avait été prévu et prémédité ; les coups de fusil partiraient à leur heure.
Il n'y eut dans la révolution d'inattendu que le moment où elle se déclencha. En somme, les deux pôles contraires, celui des révolutionnaires et celui du gouvernement, s'étaient soigneusement préparés depuis des années, depuis toujours. Pour ce qui est des bolcheviks, toute leur activité depuis 1905 avait uniquement consisté en ces préparatifs. Mais l'œuvre du gouvernement avait été, elle aussi, en très grande partie, de machiner d'avance l'écrasement de la deuxième révolution qui s'annonçait. Dans ce domaine, le travail du gouvernement prit, à dater de l'automne 1916, un caractère particulièrement méthodique. Une commission présidée par Khabalov avait achevé, vers le milieu de janvier 1917, l'élaboration minutieuse d'un plan pour écraser la nouvelle insurrection. La capitale avait été divisée en six secteurs administrés par des " maîtres de police " et subdivisés en quartiers. A la tête de toutes les forces armées l'on avait placé le général Tchébykine, commandant en chef des réserves de la Garde. Les régiments furent répartis dans les quartiers. Dans chacun des six principaux secteurs, la police, la gendarmerie et l'armée étaient groupées sous le commandement d'officiers d'état-major spécialement désignés. La cavalerie cosaque restait à la disposition de Tchébykine en personne, pour les opérations de plus grande envergure. La méthode de répression était ordonnée de la façon suivante : on ferait d'abord marcher la police ; ensuite, on lancerait les Cosaques avec leurs nagaïkas ; enfin, à toute extrémité, l'on mettrait en ligne les troupes avec leurs fusils et des mitrailleuses. Ce fut précisément ce plan, application élargie de l'expérience de 1905, qui fut mis en œuvre en Février. Le malheur n'était pas dans un défaut de prévoyance, ni dans une conception vicieuse, mais dans le matériel humain. C'est par là que l'arme devait se trouver enrayée.
Formellement, le plan comptait sur l'ensemble de la garnison qui s'élevait à cent cinquante mille hommes ; mais, en réalité, l'on envisageait tout au plus l'emploi d'une dizaine de milliers d'hommes ; indépendamment des agents de police qui étaient au nombre de trois mille cinq cents, le plus ferme espoir portait sur les élèves sous-officiers. Cela s'explique par la composition même de la garnison à cette date : elle était formée presque exclusivement de réservistes, avant tout de 14 bataillons de réserve, rattachés aux régiments de la Garde qui se trouvaient sur le front. En outre, la garnison comprenait : un régiment d'infanterie de réserve, un bataillon de réserve d'automobiles, une division de réserve d'autos blindées, de peu nombreux contingents de sapeurs et d'artilleurs et deux régiments de Cosaques du Don. C'était beaucoup, c'était même trop. Les effectifs de la réserve, trop copieux, consistaient en une masse humaine à peine travaillée ou bien déjà dégagée de ce dressage. Au surplus, toute l'armée n'était-elle pas de même composition ?
Khabalov s'en tenait soigneusement au plan qu'il avait élaboré. Le premier jour, le 23, la police seule entra en ligne. Le 24, on fit avancer dans les rues surtout de la cavalerie, mais seulement armée de nagaïkas et de lances. On ne pensait utiliser l'infanterie et ouvrir le feu que d'après la tournure des événements. Or les événements ne se firent pas attendre.
La journée du samedi 10 mars 1917 (25 février calendrier russe)
On voit dans cette journée l'application par le bolchévik égalitariste Kaïourov du mot d'ordre « CASSER L'ARMEE EN DEUX »
Maurice Paléologue :
Le problème angoissant des subsistances a été examiné, cette nuit, dans un « conseil extraordinaire », auquel assistaient tous les ministres, sauf celui de l'Intérieur, le président du Conseil de l'Empire, le président de la Douma et le maire de Pétrograd. Protopopow a dédaigné de participer à cette délibération : il conférait sans doute avec le fantôme de Raspoutine.
Grand déploiement de gendarmes, de Cosaques et de troupes dans toute la ville.
Bagarres sur la Perspective Newsky. La foule chante la Marseillaise et crie : « A bas le gouvernement !... A bas Protopopow !.... A bas l'Allemande !.... A bas la guerre !..

Léon Trotsky :
Le 25 [le samedi 10 mars],
la grève prit une nouvelle ampleur. D'après les données officielles, elle englobait 240000 ouvriers. Des éléments arriérés s'engagent à la suite de l'avant-garde, un bon nombre de petites entreprises arrêtent le travail, les tramways ne marchent plus, les maisons de commerce restent fermées. Dans le courant de la journée, les étudiants de l'enseignement supérieur se joignent au mouvement. Vers midi, c'est par dizaines de mille que la foule s'amasse autour de la cathédrale de Kazan et dans les rues avoisinantes. On essaie d'organiser des meetings à ciel ouvert, il se produit des conflits avec la police. Devant la statue d'Alexandre III des hommes prennent la parole. La police montée ouvre la fusillade. Un orateur tombe blessé. Des coups de feu partent de la foule : un commissaire de police est tué, un maître de police blessé ainsi que plusieurs de ses agents. On lance sur les gendarmes des bouteilles, des pétards, des grenades. La guerre a donné de bonnes leçons dans cet art. Les soldats font preuve de passivité et parfois d'hostilité à l'égard de la police. On se répète avec émotion dans la foule que les policiers, quand ils ont commencé à tirer sur le peuple aux alentours de la statue d'Alexandre III, ont essuyé le feu de salve des Cosaques : les " pharaons " à cheval (ainsi appelait-on les agents de police) ont été forcés de se sauver au galop. Ce n'était vraisemblablement pas une légende répandue à dessein d'affermir les courages, car le même épisode, quoique relaté diversement, a été certifié de divers côtés.
Un des authentiques meneurs en ces journées, l'ouvrier bolchevik Kaïourov, raconte que les manifestants s'étaient tous enfuis, en certain point, sous les coups de nagaïka de la police à cheval, en présence d'un peloton de Cosaques ; alors lui, Kaïourov, et quelques autres ouvriers qui n'avaient pas suivi les fuyards se décoiffèrent, s'approchèrent des Cosaques, le bonnet à la main : " Frères Cosaques, venez au secours des ouvriers dans leur lutte pour de pacifiques revendications ! Vous voyez comment nous traitent, nous, ouvriers affamés, ces pharaons. Aidez-nous ! "  Ce ton consciemment obséquieux, ces bonnets que l'on tient à la main, quel juste calcul psychologique, quel geste inimitable ! Toute l'histoire des combats de rues et des victoires révolutionnaires fourmille de pareilles improvisations. Mais elles se perdent d'ordinaire dans le gouffre des grands événements, et les historiens ne ramassent qu'un tégument de lieux communs. "  Les Cosaques échangèrent entre eux des coups d'œil singuliers, dit encore Kaïourov, et nous n'avions pas eu le temps de nous éloigner qu'ils se jetaient en plein dans la mêlée. " Quelques minutes plus tard, devant le perron de la gare, la foule portait en triomphe un Cosaque qui venait de sabrer un commissaire de police.
Les pharaons disparurent bientôt, autrement dit n'agirent plus qu'en catimini. Mais des soldats se montrèrent, baïonnette en avant. Des ouvriers les interpellent avec angoisse : " Camarades, vous venez aider la police ? " En réponse, grossièrement : " Circulez ! " Nouvelle tentative pour entrer en pourparlers ; même résultat. Les soldats sont moroses, rongés par une même pensée, et tolèrent mal qu'on les atteigne au cœur même de leur anxiété.
Entre temps, le mot d'ordre général est qu'il faut désarmer les pharaons. La police est l'ennemi farouche, inexorable, haï et haineux. Il ne peut être question de se la concilier. On assomme ses gens ou bien on les tue. Mais il en est tout autrement pour les troupes ; la foule s'applique de toutes manières à éviter des conflits avec l'armée ; elle cherche, au contraire, les moyens de conquérir les soldats, de les convaincre, de les attirer, de se les apparenter, de les faire siens. Malgré les bruits favorables – peut-être légèrement exagérés – qui ont couru sur la conduite des Cosaques, la foule considère encore la cavalerie avec une certaine inquiétude. Un cavalier domine de haut la foule ; entre sa mentalité et celle du manifestant il y a les quatre jambes du cheval. Un personnage que l'on est obligé de regarder de bas en haut semble toujours plus considérable et plus redoutable. Avec l'infanterie, on se trouve de plain-pied sur la chaussée, elle est plus proche, plus accessible. La masse s'efforce d'aborder le fantassin, de le dévisager franchement, de lui insuffler ses brûlantes haleines. Dans ces rencontres entre soldats et ouvriers, les travailleuses jouent un rôle important. Plus hardiment que les hommes, elles s'avancent vers les rangs de la troupe, s'agrippent aux fusils, supplient et commandent presque : " Enlevez vos baïonnettes, joignez-vous à nous ! " Les soldats s'émeuvent, se sentent tout penauds, s'entre-regardent avec anxiété, hésitent encore ; l'un d'eux, enfin, se décide avant les autres et les baïonnettes se relèvent dans un mouvement de repentir au-dessus des épaules des assaillants, le barrage s'ouvre, l'air retentit de hourras joyeux et reconnaissants, les soldats sont entourés, de toutes parts s'élèvent des discussions, des reproches, des appels ; la révolution fait un pas de plus.
Du G. Q. G., Nicolas avait télégraphié à Khabalov de mettre fin aux désordres " dès demain ". La volonté du tsar concordait avec la seconde partie du plan de Khabalov ; la dépêche ne donnait donc qu'une impulsion supplémentaire. Dés le lendemain la troupe devra parler. N'est-il pas trop tard ? On ne saurait le dire encore. La question est posée, mais loin d'être résolue. La condescendance des Cosaques, les flottements de certains barrages d'infanterie ne sont que des épisodes pleins de promesses, auxquels la rue en éveil donne le retentissement de milliers d'échos. C'en est assez pour exalter la foule révolutionnaire, mais trop peu pour la victoire. D'autant plus que se sont produits des incidents d'un caractère tout contraire. Dans l'après-midi, un peloton des dragons, soi-disant en réplique à des coups de revolver partis de la foule, a pour la première fois ouvert le feu sur les manifestants, devant les Galeries du Commerce (Gostiny Dvor) : d'après le rapport de Khabalov au G. Q. G., il y eut trois tués et dix blessés. Sérieux avertissement ! En même temps, Khabalov menace d'expédier au front tous les ouvriers mobilisables qui n'auraient pas repris leur travail avant le 28. L'ultimatum du général donnait donc un délai de trois jours : c'était plus qu'il n'en fallait à la révolution pour renverser Khabalov et la monarchie par-dessus le marché. Mais l'on ne devait s'en rendre compte qu'après la victoire. Et le soir du 25, personne ne savait encore de quoi était gros le lendemain.
LE BILAN DES TROIS PREMIERES JOURNEE PAR LEON TROTSKY
Essayons de nous représenter plus clairement la logique interne du mouvement. Sous le drapeau de la " Journée des Femmes ", le 23 février, se déclencha une insurrection longtemps mûrie, longtemps contenue, des masses ouvrières de Pétrograd. La première phase fut la grève. En trois jours, elle s'étendit au point de devenir pratiquement générale. Ce seul fait suffisait déjà à donner de l'assurance à la masse et à la pousser en avant. La grève, prenant un caractère de plus en plus offensif, accentué, se combina avec des manifestations qui mirent en présence les foules révolutionnaires et les troupes. Le problème était porté, dans son ensemble, sur un plan supérieur où il devait se résoudre par la force armée. Ces premières journées furent marquées par des succès partiels, symptomatiques plutôt qu'effectifs.
Un soulèvement révolutionnaire qui se prolonge plusieurs jours ne peut prendre un développement victorieux que si, de degré en degré, il enregistre constamment de nouveaux succès. Un arrêt dans le cours des réussites est dangereux ; piétiner sur place, c'est se perdre. Encore les succès ne suffisent-ils pas par eux-mêmes ; il faut que la masse en ait connaissance en temps utile et puisse les apprécier. On peut laisser échapper une victoire au moment où il suffirait de tendre la main pour la saisir. Cela s'est vu dans l'histoire.
Les trois premières journées se signalaient par une montée et une aggravation constantes de la lutte. Mais c'est précisément pour cette raison que le mouvement parvint à un niveau où des succès symptomatiques devenaient insuffisants. Toute la masse en activité était descendue dans la rue. Elle tint tête à la police avec de bons résultats et sans trop de difficultés. Les troupes, dans les deux dernières de ces trois journées, se trouvèrent déjà engagées dans les événements : le deuxième jour, la cavalerie seule avait marché ; le troisième jour, l'infanterie. Elles refoulaient, formaient des barrages, parfois laissaient faire, mais elles ne recoururent presque pas aux armes à feu. L'autorité supérieure ne se hâtait pas de modifier son plan, sous-estimant en partie l'importance des événements (cette illusion d'optique de la réaction était complétée par l'erreur parallèle des dirigeants de la révolution) et, dans une certaine mesure, n'ayant pas confiance en son armée. Mais, justement, le troisième jour, en raison du développement de la lutte comme par suite de l'ordre du tsar, le gouvernement se vit forcé de mettre en ligne les troupes, et pour de bon. Les ouvriers, surtout leur élite, avaient compris, d'autant plus que, la veille, les dragons avaient tiré. Dès lors, la question était posée des deux côtés dans toute son ampleur.
La nuit du samedi 10 mars au dimanche 11 mars 1917
(25 au 26 février calendrier russe)
La nuit du 25 au 26, dans différents quartiers, une centaine de militants révolutionnaires furent arrêtés, dont cinq membres du Comité des bolcheviks de Pétrograd. Cela marquait aussi que le gouvernement prenait l'offensive. Qu'allait-il donc se passer dans la journée ? Quel serait le réveil des ouvriers après les fusillades du jour précédent ? Et – problème essentiel – que diraient les troupes ? L'aube du 26 fut toute brumeuse d'incertitudes et de vives anxiétés.
Le Comité de Pétrograd ayant été arrêté, la conduite des opérations en ville est transmise au district de Vyborg. Peut-être est-ce pour le mieux. La haute direction du parti atermoie désespérément. C'est seulement le matin du 25 que le bureau du Comité central des bolcheviks décida enfin de publier un tract faisant appel à la grève générale dans toute la Russie. Au moment où cette feuille sortit – si toutefois elle sortit – la grève générale, à Pétrograd, tournait déjà toute en insurrection armée. La direction observe de son haut, hésite, retarde, c'est-à-dire ne dirige pas. Elle est à la remorque du mouvement.


mercredi 16 mars 2011

La Journée Internationale de la Femme 1917, le dernier flocon de l'avalanche, la dernière goutte qui fait déborder le vase, le suicide de Sidi Bouzid et la Révolution de Février 1917 racontée par Léon Trotsky et Maurice Paléologue. (2/3)




Par Yanick Toutain
9-16/3/2011
" Tirez sur l'ennemi ! " commande la monarchie. " Ne tirez pas sur vos frères et sœurs !" crient les ouvriers et les ouvrières. Et pas seulement cela : " Marchez avec nous ! " Ainsi, dans les rues, sur les places, devant les ponts, aux portes des casernes, se déroula une lutte incessante, tantôt dramatique, tantôt imperceptible, mais toujours acharnée, pour la conquête du soldat. Dans cette lutte, dans ces violentes prises de contact entre les travailleurs, les travailleuses et les soldats, sous les continuelles détonations des fusils et des mitrailleuses, se décidaient les destins du pouvoir, de la guerre et du pays.
(Lev Davidovitch Bronstein-Léon Trostky « Histoire de la Révolution Russe »)

2 commentaires:

  1. Quand Yanick Toutain écrit :

    "Il existe des imbéciles pour croire – au 21° siècle ! - que des sacrifices humains pourraient être les déclencheurs des révolutions.
    Le scientifique – sérieux, donc – sait que la quasi-concomitance de deux événements ne signifie pas que l'un est la cause de l'autre. Il sait donc que la reproduction du premier événement n'aura pas comme conséquence la ré-apparition du second".
    … il insiste, sans le dire explicitement, sur un des points des théories d'Hegel reprise par Engels, la transformation quantité qualité.
    En effet, Hegel puis Engels avaient conceptualisé le fait que c'était l'accumulation de quantité qui crée une nouvelle qualité. Les évènements dont on dit qu'ils sont la cause des révolutions ne peuvent être que la dernière quantité qui fera naitre une révolution. « Les déclencheurs » sont en réalité les dernières gouttes qui vont faire déborder le vase.

    Ce n'est pas la dernière goutte du vase qui est responsable du débordement mais bel et bien l'accumulation des gouttes contenues dans le verre.

    Le terme « déclencheur » de révolution renvoyant aux événements qui auraient donner naissance à la révolution porte donc à confusion car ils ne sont pas la cause de l'événement qui transformera la société.

    A l'échelle individuelle, ce qui amène un individu à prendre des risques (de perdre ce qu'il possède, sa vie parfois, son travail, son revenu) pour se révolter est le résultat de l'accumulation d'une colère. On l'a bien vu dernièrement en France, concernant le mouvement de cet automne. Ce n'était pas les retraites qui ont mobilisé des milliers de manifestants dans les rues et qui en ont fait un mouvement dont le nombre de manifestants dépassait ceux de Mai 68, mais une accumulation de colère; le chômage qui s'aggrave, l'absence d'espoir pour l'avenir, les minimas sociaux, la précarité du travail …. Dans ces manifestations il n'y avait que les syndicats pour scander des mots d'ordre sur les retraites. Dans les conversations des participants, les mots dépassaient largement ce cadre, laissant même au second plan le problème des retraites. Le recul de l'age de la retraite n'est donc pas le déclencheur de ce mouvement. C'est bel et bien l'accumulation de colère chez les français qui les a amené à descendre dans les rues.

    De même, au niveau global, c'est l'accumulation d'injustices qui crée une nouvelle qualité, une révolution.

    Par ailleurs, Héraclite écrivait « on ne se baigne jamais dans la même eau d'un fleuve ». Les révolutions sont inéluctables. L'histoire ne se répète pas, il y a nécessairement des cassures qui vont permettre de transformer en profondeur les sociétés. Il y a eu le temps du féodalisme, de l'esclavagisme. Il y aura le temps et donc la fin du capitalisme.

    Il est nécessaire d'analyser quelle est la nature de la quantité qui a déclenché telle ou telle révolution afin d'en comprendre les mécanismes plus finement.

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  2. Quand Yanick Toutain écrit :

    "Il existe des imbéciles pour croire – au 21° siècle ! - que des sacrifices humains pourraient être les déclencheurs des révolutions.
    Le scientifique – sérieux, donc – sait que la quasi-concomitance de deux événements ne signifie pas que l'un est la cause de l'autre. Il sait donc que la reproduction du premier événement n'aura pas comme conséquence la ré-apparition du second".
    … il insiste, sans le dire explicitement, sur un des points des théories d'Hegel reprise par Engels, la transformation quantité qualité.
    En effet, Hegel puis Engels avaient conceptualisé le fait que c'était l'accumulation de quantité qui crée une nouvelle qualité. Les évènements dont on dit qu'ils sont la cause des révolutions ne peuvent être que la dernière quantité qui fera naitre une révolution. « Les déclencheurs » sont en réalité les dernières gouttes qui vont faire déborder le vase.

    Ce n'est pas la dernière goutte du vase qui est responsable du débordement mais bel et bien l'accumulation des gouttes contenues dans le verre.

    Le terme « déclencheur » de révolution renvoyant aux événements qui auraient donner naissance à la révolution porte donc à confusion car ils ne sont pas la cause de l'événement qui transformera la société.

    A l'échelle individuel, de qui amène un individu à prendre des risques (de perdre ce qu'il possède, sa vie parfois, son travail, son revenu) pour se révolter est le résultat de l'accumulation d'une colère. On l'a bien vu dernièrement en France, concernant le mouvement de cet automne. Ce n'était pas les retraites qui ont mobilisé des milliers de manifestants dans les rues et qui en ont fait un mouvement que Mai 68, mais une accumulation de colère; le chômage qui s'aggrave, l'absence d'espoir pour l'avenir, les minimas sociaux, la précarité du travail …. Dans ces manifestations il n'y avait que les syndicats pour scander des mots d'ordre sur les retraites. Dans les conversations des participants, les mots dépassaient largement ce cadre, laissant même au second plan le problème des retraites. Le recul de l'age de la retraite n'est donc pas le déclencheur de ce mouvement. C'est bel et bien l'accumulation de colère chez les français qui les a amené à descendre dans les rues.

    De même, au niveau global, c'est l'accumulation d'injustices qui crée une nouvelle qualité, une révolution.

    Par ailleurs, Héraclite écrivait « on ne se baigne jamais dans la même eau d'un fleuve ». Les révolutions sont inéluctables. L'histoire ne se répète pas, il y a nécessairement des cassures afin de transformer en profondeur l'état social. Il y a eu le temps du féodalisme, de l'esclavagisme. Il y aura le temps et donc la fin du capitalisme.

    Il est nécessaire d'analyser quelle est la nature de la quantité qui a déclenché telle ou telle révolution afin d'en comprendre les mécanismes plus finement.

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